{"id":195,"date":"2008-07-20T17:58:48","date_gmt":"2008-07-20T16:58:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.brunodevauchelle.com\/blog\/?p=195"},"modified":"2008-07-20T17:58:48","modified_gmt":"2008-07-20T16:58:48","slug":"linformation-cest-la-mise-en-scene-des-faits","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/?p=195","title":{"rendered":"L&#039;information c&#039;est la mise en sc\u00e8ne des faits !"},"content":{"rendered":"<p>Plusieurs lectures r\u00e9centes (voir ci-dessous) nous invitent \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au sens de l&rsquo;objet \u00ab\u00a0information\u00a0\u00bb. Le dernier num\u00e9ro de la revue M\u00e9dias, dont, au del\u00e0 des critiques que chacun peut \u00eatre am\u00e9n\u00e9 \u00e0 porter sur la ligne \u00e9ditoriale de cette revue, on doit souligner la richesse et la qualit\u00e9, nous apporte \u00e0 ce propos des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9flexion. Les interviews de Noam Chomsky, ou de Robert Sol\u00e9 ou encore celle de Pierre Nora\u00a0 apportent de quoi nourrir notre r\u00e9flexion. Dans le m\u00eame temps les d\u00e9bats sur les blogs, leurs auteurs (http:\/\/www.versac.net\/) et le journalisme invitent aussi \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 \u00ab\u00a0l&rsquo;information\u00a0\u00bb. La revue communication et langages n\u00b0 155 de Mars 2008, par son dossier sur l&rsquo;\u00e9criture et les blogs, de m\u00eame que la revue M\u00e9diamorphose n\u00b021 (3-2007), par son dossier sur le web 2.0, nous apportent de quoi alimenter la r\u00e9flexion sur le m\u00eame sujet.<br \/>\nLa constante d&rsquo;interrogation tourne autour de la \u00ab\u00a0mise en sc\u00e8ne des faits\u00a0\u00bb. Comment les faits, en devenant informations, sont-ils mis en mots et donc, dans cette perspective selon une approche que je situerais plut\u00f4t dans le champ de la psychanalyse, \u00ab\u00a0mis en sc\u00e8ne\u00a0\u00bb ? Parce que l&rsquo;humain qui transforme le fait en langage, ou encore la machine qui capte des \u00e9l\u00e9ments du fait (pilot\u00e9e, en direct ou non, par un humain), sont des \u00e9l\u00e9ments de la sc\u00e8ne dont il tente de donner \u00ab\u00a0les mots\u00a0\u00bb (fussent-ils des photos, des vid\u00e9os, des dessins&#8230;), les faits sont \u00ab\u00a0mis en sc\u00e8ne\u00a0\u00bb pour devenir information. Dire qu&rsquo;ils sont \u00e9l\u00e9ments de la sc\u00e8ne (celle qu&rsquo;on capte en recevant l&rsquo;information) nous oblige \u00e0 aller plus loin : de quelle mani\u00e8re, avec quelle qualit\u00e9 sont-ils devenus \u00e9l\u00e9ments de la sc\u00e8ne ? Et il faut aussi ajouter qui les autorise \u00e0 devenir \u00e9l\u00e9ments de la sc\u00e8ne : les faits, les r\u00e9cepteurs ou eux-m\u00eames ?<br \/>\nIl nous faut ici faire un d\u00e9tour par le \u00ab\u00a0Sujet\u00a0\u00bb. G\u00e9n\u00e9rer une information c&rsquo;est traduire une intention dans une trans-formation. C&rsquo;est cette intention qui doit constamment \u00eatre analys\u00e9e pour comprendre ce processus. Le \u00ab\u00a0Sujet\u00a0\u00bb de l&rsquo;intention porte en lui, de plusieurs angles diff\u00e9rents, un pouvoir de mise en sc\u00e8ne tr\u00e8s important, mais qu&rsquo;il doit d\u00e9passer s&rsquo;il veut produire l&rsquo;information. Ce d\u00e9passement, c&rsquo;est peut-\u00eatre le processus d'\u00a0\u00bbin-conscientisation\u00a0\u00bb qui est en action. Ce processus correspond \u00e0 ce lent travail \u00e9ducatif, tout le temps reproduit au cours du d\u00e9veloppement du sujet, qui vise \u00e0 rendre \u00ab\u00a0automatique\u00a0\u00bb ce qui est \u00ab\u00a0habituel\u00a0\u00bb. Et parfois m\u00eame tellement automatique que cela s&rsquo;inscrit dans les sch\u00e9mes d&rsquo;organisation interneuronaux.<br \/>\nPour illustrer, maladroitement cette hypoth\u00e8se, quelque exemples s&rsquo;imposent :<br \/>\n1 &#8211; La cam\u00e9ra de surveillance install\u00e9e sur la grand place d&rsquo;une ville porte dans les images des faits qui sont dans son champs et qu&rsquo;elle transmet, l&rsquo;inconscient collectif autour de la s\u00e9curit\u00e9<br \/>\n2 &#8211; Le journaliste qui publie un article dans le journal duquel il est salari\u00e9 traduit en mot l&rsquo;inconscient collectif des membres de la \u00ab\u00a0communaut\u00e9 \u00e9ditoriale\u00a0\u00bb (financeurs compris).<br \/>\n3 &#8211; Le blogueur \u00ab\u00a0influent\u00a0\u00bb traduit dans ses billets l&rsquo;inconscient collectif qu&rsquo;il construit \u00e0 partir de son r\u00e9seau personnel de relation et de son contexte &#8211; synchronique et diachronique &#8211; de vie<br \/>\n4 &#8211; Le t\u00e9moin d&rsquo;une arrestation dans un lieu public porte dans son t\u00e9moignage l&rsquo;inconscient \u00e9motionnel de son rapport \u00e0 la situation v\u00e9cue.<br \/>\nLes historiens sont confront\u00e9s quotidiennement \u00e0 ces questions. C&rsquo;est, en partie, pour cela que les d\u00e9bats sur les faits historiques sont si difficiles. Le journaliste est \u00e9videmment constamment confront\u00e9 \u00e0 cela, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il est souvent \u00ab\u00a0t\u00e9moin de t\u00e9moin\u00a0\u00bb et que ce niveau d&rsquo;intervention suppose une vigilance d&rsquo;autant plus grande que les faits sont \u00ab\u00a0chauds\u00a0\u00bb.<br \/>\nDu cot\u00e9 de l&rsquo;enseignant, la question est d&rsquo;autant plus complexe que les faits, qui constituent la base de ses objets de travail, sont \u00ab\u00a0scolaris\u00e9s\u00a0\u00bb et donc \u00ab\u00a0refroidis\u00a0\u00bb selon un processus, parfois appel\u00e9 didactisation, qui rend extr\u00e8mement difficile l&rsquo;expression de cette \u00ab\u00a0in-conscientisation\u00a0\u00bb. Or comment \u00e9duquer (pris au sens de conduire hors de) \u00e0 la lecture des faits quand on est dans de telles conditions ?<br \/>\nLes pouvoirs en place ne peuvent admettre facilement le processus d&rsquo;extraction qui est pourtant indispensable, et encore moins admettre qu&rsquo;on y \u00e9duque toute la population au risque de se voir questionn\u00e9s, comme le souligne Noam Chomsky, peut-\u00eatre remis en cause. La mont\u00e9e en puissance de l&rsquo;argument de la \u00ab\u00a0th\u00e9orie du complot\u00a0\u00bb ne simplifie pas les choses et introduit encore plus de trouble dans toute analyse raisonnable de l&rsquo;information. Ainsi la r\u00e9cente lib\u00e9ration d&rsquo;Ingrid B\u00e9tancourt a imm\u00e9diatement fait \u00e9merger des informations compl\u00e9mentaires aux r\u00e9cits officiels, l&rsquo;un pour une ran\u00e7on, l&rsquo;autre pour l&rsquo;utilisation des signes de reconnaissances de la Croix rouge internationale. Il devient dont tr\u00e8s facile de mettre en question, de relativiser l&rsquo;information officielle d\u00e8s lors que du trouble peut-\u00eatre sugg\u00e9r\u00e9. Ce trouble veut nous inviter \u00e0 penser une possible \u00ab\u00a0mise en sc\u00e8ne\u00a0\u00bb (cela a \u00e9t\u00e9 clairement nomm\u00e9 pour Ingrid B\u00e9tancourt). Face \u00e0 ces \u00e9l\u00e9ments, les pouvoirs en place discutent donc ais\u00e9ment du contr\u00f4le possible qu&rsquo;ils peuvent exercer sur l&rsquo;information (pas sur les faits, comme en t\u00e9moigne la Chine vis \u00e0 vis du Tibet, apr exemple). La revue M\u00e9dias propose aussi \u00e0 notre r\u00e9flexion un compte rendu d&rsquo;un s\u00e9minaire tenu au Qatar sur cette question.<br \/>\nLa \u00ab\u00a0mise en sc\u00e8ne\u00a0\u00bb des faits peut sembler un ph\u00e9nom\u00e8ne banale \u00e0 certains. Au moment o\u00f9 les m\u00e9dias de masse tentent de reprendre le contr\u00f4le de \u00ab\u00a0l&rsquo;information\u00a0\u00bb sur la sph\u00e8re de l&rsquo;expression sur Internet, Il nous faut nous questionner. On peut facilement y relire le d\u00e9bat qui agitait il y a trente ans d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence des radios libres et leur \u00ab\u00a0normalisation\u00a0\u00bb qui s&rsquo;est ensuite op\u00e9r\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aide du pouvoir en place et du cadre \u00e9conomique qui s&rsquo;est ensuite impos\u00e9 \u00e0 elles. La peur des m\u00e9dias de masse est double et ils se l\u00e9gitiment \u00e0 partir de l\u00e0 : d&rsquo;une part d&rsquo;\u00eatre concurrenc\u00e9s aupr\u00e8s des lecteurs, d&rsquo;autre part de ne plus \u00eatre la seule instance de contr\u00f4le du processus informationnel. Ils veulent donc retrouver leur puissance de diffusion (il suffit de regarder l&rsquo;audience des sites pour observer que c&rsquo;est presque d\u00e9finitivement fait), et aussi fixer le cadre de la \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9 informationnelle\u00a0\u00bb, autrement dit leur \u00ab\u00a0mode de mise en sc\u00e8ne des faits\u00a0\u00bb (en imposant un cadre professionnelle de v\u00e9rification, suppos\u00e9e rigoureuse, de l&rsquo;information).<br \/>\nAinsi la blogosph\u00e8re, et plus g\u00e9n\u00e9ralement les sites internet hors m\u00e9dias, dont on a dit qu&rsquo;ils \u00e9taient influents sont en train d&rsquo;\u00eatre marginalis\u00e9, \u00e0 moins de rentrer dans le rang des m\u00e9dias comme en t\u00e9moignent au moins partiellement le site Rue89 ou, dans une moindre mesure, le Caf\u00e9 P\u00e9dagogique.<br \/>\nA d\u00e9battre<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plusieurs lectures r\u00e9centes (voir ci-dessous) nous invitent \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au sens de l&rsquo;objet \u00ab\u00a0information\u00a0\u00bb. 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