{"id":3590,"date":"2023-05-13T13:07:50","date_gmt":"2023-05-13T13:07:50","guid":{"rendered":"http:\/\/brunodevauchelle.org\/?p=3590"},"modified":"2023-05-13T13:07:50","modified_gmt":"2023-05-13T13:07:50","slug":"intention-violence-conflit-a-lere-post-mediatique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/?p=3590","title":{"rendered":"Intention, violence, conflit \u00e0 l&rsquo;\u00e8re post-m\u00e9diatique"},"content":{"rendered":"<p>Nous sommes entr\u00e9s dans l&rsquo;\u00e8re post-m\u00e9diatique depuis quelques ann\u00e9es, sous l&rsquo;influence du d\u00e9veloppement de technologies qui ont amen\u00e9 les m\u00e9dias \u00e0 \u00e9voluer, \u00e0 se transformer. Dans le m\u00eame temps, les pratiques humaines d&rsquo;information et de communication se sont aussi transform\u00e9es. Si l&rsquo;humain reste humain, c&rsquo;est justement parce qu&rsquo;il a cette souplesse, cette adaptabilit\u00e9, cette plasticit\u00e9 qui fait de lui autre chose qu&rsquo;une machine mais aussi qu&rsquo;un animal. Pour le dire autrement, le patrimoine g\u00e9n\u00e9tique de l&rsquo;humain n&rsquo;est pas totalement d\u00e9terministe et la rationalit\u00e9 des \u00e9tudes d\u00e9veloppementales est vite mise \u00e0 mal par les transformations humaines au fil du temps.<\/p>\n<p><strong>Hasard et N\u00e9cessit\u00e9, quelle libert\u00e9\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Dans un d\u00e9bat ancien entre J.Monod, F. Jacob et M.Barth\u00e9l\u00e9my-Madaule, sur \u00ab\u00a0le hasard et la n\u00e9cessit\u00e9\u00a0\u00bb (<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/archives\/article\/1972\/08\/07\/l-ideologie-du-hasard-et-de-la-necessite_2399618_1819218.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.lemonde.fr\/archives\/article\/1972\/08\/07\/l-ideologie-du-hasard-et-de-la-necessite_2399618_1819218.html<\/a> ) on trouve les bases (ou la continuation) d&rsquo;un questionnement humain r\u00e9current et port\u00e9 par J.P. Sartre d\u00e8s 1942 (les jeux sont faits), celui de la libert\u00e9 ou du d\u00e9terminisme. Les fondements de la libert\u00e9 sont li\u00e9s \u00e0 ce questionnement que la science qui se veut \u00ab\u00a0objective\u00a0\u00bb tend \u00e0 limiter de plus en plus en tentant de \u00ab\u00a0conna\u00eetre\u00a0\u00bb le fonctionnement humain et en particulier celui de notre cerveau. Les sciences cognitives (avec toutes leurs composantes) et l&rsquo;informatique (idem, dont les plus r\u00e9centes comme l&rsquo;IA) sont au centre de ce d\u00e9bat actuellement, accompagnant, parfois, l&rsquo;id\u00e9ologie de la singularit\u00e9 (port\u00e9e entre autres par Ray Kurtzweil). Serions-nous libres dans ce monde num\u00e9ris\u00e9 qui, s&rsquo;appuyant sur des techniques tr\u00e8s individualis\u00e9es, peut sembler nous contraindre et nous diriger ? Pour le dire autrement, sommes-nous encore libres dans cette \u00e8re post-m\u00e9diatique.<\/p>\n<p><strong>Le sacrifice \u00e0 l\u2019\u00e8re post-m\u00e9diatique<\/strong><\/p>\n<p>Revenons ici \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de post-m\u00e9diatique. Pour nous l&rsquo;individualisation permise par les moyens num\u00e9riques entra\u00eene une d\u00e9r\u00e9gulation de la circulation des informations, telle que nous l&rsquo;avons connue jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle. En analysant les propos actuels des \u00ab\u00a0anciens\u00a0\u00bb m\u00e9dias, dits de flux, on peut noter l&rsquo;importance qu&rsquo;ils accordent aux flux communicationnels (m\u00e9dias dits interactifs) g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par ces moyens techniques (popularit\u00e9 sur les r\u00e9seaux dits sociaux et num\u00e9riques). Ils en empruntent d&rsquo;ailleurs aussi les moyens et les m\u00e9thodes, semblant parfois s&rsquo;y fondre. De r\u00e9centes affaires de conflit \u00e0 propos des \u00ab\u00a0influenceurs\u00a0\u00bb ou encore de violences de toutes sortes semblent donner raison \u00e0 Ren\u00e9 Girard dans son travail sur le \u00ab\u00a0m\u00e9canisme sacrificiel\u00a0\u00bb. En se demandant si nos soci\u00e9t\u00e9s humaines sont vou\u00e9es \u00e0 la violence, son travail nous touche directement en ce moment ou la \u00ab\u00a0violence ordinaire\u00a0\u00bb semble devenir la norme. \u00catre violent serait-il devenu le seul moyen d&rsquo;\u00eatre ? Ou \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;exister ? Car ce qui accompagne cette transformation individualiste, c&rsquo;est l&rsquo;expression du conflit et de la violence qui en serait devenu le passage oblig\u00e9 du fait m\u00eame de cet environnement communicationnel. Or certaines violences qui ont trop longtemps \u00e9t\u00e9 cach\u00e9es sont d\u00e9sormais mises au grand jour (intra-familiales, harc\u00e8lement sexuel ou moral, etc&#8230;). Paradoxe d&rsquo;une violence dont la r\u00e9v\u00e9lation est essentielle \u00e0 sa prise en compte et qui, dans le m\u00eame mouvement, devient une norme d&rsquo;expression publique et souvent individuelle ou exerc\u00e9e par de petits groupes humains. On peut trouver une expression de cette \u00e9volution dans cette affaire qui touche le monde cin\u00e9matographique : <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/culture\/article\/2023\/04\/24\/la-polemique-autour-de-catherine-corsini-bouscule-le-cinema-francais_6170836_3246.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.lemonde.fr\/culture\/article\/2023\/04\/24\/la-polemique-autour-de-catherine-corsini-bouscule-le-cinema-francais_6170836_3246.html<\/a> .<\/p>\n<p><strong>Vers la notion d\u2019intention<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence de nouveaux moyens d&rsquo;expression mais aussi de traitement de l&rsquo;expression doit nous interroger sur la notion \u00ab\u00a0d&rsquo;intention\u00a0\u00bb. Qu&rsquo;elle soit explicite ou implicite, l&rsquo;intention pilote l&rsquo;action, dans la plupart des situations que nous vivons. Qu&rsquo;elle soit pr\u00e9alable \u00e0 la situation ou qu&rsquo;elle \u00e9merge au cours ou en r\u00e9action \u00e0 la situation, il y a toujours intention. C&rsquo;est la dimension implicite de l&rsquo;intention qui est souvent ni\u00e9e (d\u00e9ni ?) et qui est tr\u00e8s difficile \u00e0 expliciter. L&rsquo;action en situation repose sur une dimension profonde de chaque humain : l&rsquo;int\u00e9riorisation culturelle de notre histoire individuelle et relationnelle, consid\u00e9r\u00e9e comme une dynamique de d\u00e9veloppement. La psychanalyse, aussi contest\u00e9e soit-elle, a mis au jour l&rsquo;existence de cet implicite qui est au c\u0153ur du fonctionnement psychique. L&rsquo;activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, enregistr\u00e9e en continu par \u00e9lectro-enc\u00e9phalogramme, montre bien l&rsquo;existence de ce travail non contr\u00f4l\u00e9 (autonome) par la conscience qui pourtant peut surgir sous diverses formes dans l&rsquo;activit\u00e9 consciente et trahir ou traduire une intention.<\/p>\n<p><strong>\u00c9mettre, transmettre, recevoir <\/strong><\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;un individu s&rsquo;exprime dans un espace \u00ab\u00a0partag\u00e9\u00a0\u00bb, voire \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb, il le fait essentiellement pour \u00ab\u00a0transmettre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0faire passer\u00a0\u00bb en direction de&#8230; Que ce soit physiquement ou num\u00e9riquement, l&rsquo;expression publique ou partiellement publique est la traduction factuelle d&rsquo;une intention individuelle. On ne pr\u00e9sume pas de la qualit\u00e9 de l&rsquo;intention, mais de l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame qu&rsquo;il y a intention, plus ou moins consciente. Celui ou celle qui re\u00e7oit une telle expression fait \u0153uvre double : il re\u00e7oit l&rsquo;intention, il traduit l&rsquo;intention. C&rsquo;est ce deuxi\u00e8me volet de l&rsquo;activit\u00e9 en r\u00e9ception qui est le croisement de l&rsquo;intention de l&rsquo;\u00e9metteur et de celle du r\u00e9cepteur, d\u00e8s lors qu&rsquo;il est situ\u00e9 ou qu&rsquo;il se situe comme tel. Si je vais sur un r\u00e9seau qui diffuse des vid\u00e9os en continu, j&rsquo;ai l&rsquo;intention de, d\u00e8s lors que je vais consulter les vid\u00e9os, je vais acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;intention des auteurs qui s&rsquo;ajoute \u00e0 celle de la plateforme elle-m\u00eame qui a aussi ses propres intentions (cf. les publicit\u00e9s ins\u00e9r\u00e9es dans les fils de vid\u00e9o ou encore les censures \u00e9ventuelles exerc\u00e9es par elles-m\u00eames. L&rsquo;intention est bien omnipr\u00e9sente.<\/p>\n<p><strong>Intelligence, intention, artifice<\/strong><\/p>\n<p>Alors que l&rsquo;intelligence dite artificielle fait son grand spectacle en particulier dans les vieux m\u00e9dias de flux, on peut facilement y observer la lutte d&rsquo;influence et donc d&rsquo;intentions autour de ces nouvelles formes de production et d&rsquo;utilisation des expressions. L&rsquo;ampleur prise par l&rsquo;utilisation de ces algorithmes sans finalit\u00e9 a priori autre que th\u00e9orique, s&rsquo;ins\u00e8re dans des politiques d&rsquo;entreprises, d&rsquo;\u00c9tats, d&rsquo;associations et d&rsquo;usagers. Il suffit d&rsquo;observer comment le monde de l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur et secondaire s&rsquo;est empar\u00e9 du probl\u00e8me pos\u00e9 par les applications g\u00e9n\u00e9ratives de textes ou d&rsquo;images pour identifier ce \u00ab\u00a0conflit d&rsquo;intention\u00a0\u00bb. Il suffit d&rsquo;envisager ce que chacun peut vouloir faire de ce genre d&rsquo;algorithmes, \u00c9tats, comme particulier, pour comprendre que l&rsquo;avenir de ces moyens techniques va d\u00e9pendre des intentions de ses utilisateurs. L&rsquo;intelligence dite artificielle n&rsquo;\u00e9chappe pas \u00e0 la question du rapport b\u00e9n\u00e9fice\/mal\u00e9fice propre \u00e0 tout d\u00e9veloppement technique nouveau.<\/p>\n<p><strong>Quand la violence s\u2019impose<\/strong><\/p>\n<p>Reste enfin la question de la violence qui surgit d\u00e9sormais \u00e0 chaque situation consid\u00e9r\u00e9e comme probl\u00e9matique. La violence verbale, et aussi physique (sont-elles s\u00e9parables ?), semble \u00eatre une marque de l&rsquo;\u00e8re post-m\u00e9diatique. Pourquoi ? Parce que chaque individu se sent d\u00e9sormais fond\u00e9 \u00e0 exercer cette violence en lien avec l&rsquo;\u00e9volution des communications interhumaines m\u00e9di\u00e9es et m\u00e9diatis\u00e9es. On assiste en ce moment \u00e0 la construction progressive d&rsquo;un encadrement l\u00e9gislatif de ces pratiques, prolongeant celles existantes. L&rsquo;exemple du harc\u00e8lement en ligne n&rsquo;est que le r\u00e9v\u00e9lateur de ces pratiques humaines tr\u00e8s anciennes (rappelons la p\u00e9riode trouble des ann\u00e9es 1930 en France). \u00c0 l&rsquo;\u00e9cole, il en est de m\u00eame. L&rsquo;amplification permise par les moyens techniques accessibles \u00e0 toutes et tous semble avoir accompagn\u00e9 un ph\u00e9nom\u00e8ne qui serait nouveau, alors qu&rsquo;il n&rsquo;en est rien. Ce qui est nouveau, d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;appellation d&rsquo;\u00e8re post-m\u00e9diatique, c&rsquo;est justement le fait que ces pratiques soient d\u00e9sormais le fait de personnes qui n&rsquo;auraient pu ou voulu le faire ant\u00e9rieurement. La lib\u00e9ration de l&rsquo;expression individuelle accompagne la lente d\u00e9ch\u00e9ance de la communication et l&rsquo;information m\u00e9diatique et\/ou officielle. La mise en doute des propos d&rsquo;un \u00ab\u00a0Autre\u00a0\u00bb, en dehors de tout d\u00e9bat construit, est \u00e0 la base de ce d\u00e9ploiement de violence verbale (ou physique). Cela d&rsquo;autant plus que cet \u00ab\u00a0Autre\u00a0\u00bb repr\u00e9sente, outre une autorit\u00e9 ou une l\u00e9gitimit\u00e9, une impression de refus d&rsquo;entendre : ce qui porte ces discours dits complotistes, c&rsquo;est le sentiment de ne \u00ab\u00a0jamais\u00a0\u00bb \u00eatre entendu et donc qu&rsquo;ils entrent dans une dynamique d&rsquo;auto-renforcement et d&rsquo;entre soi.<\/p>\n<p>\u00c9duquer, et pas seulement la jeunesse<\/p>\n<p>\u00c9duquer aujourd&rsquo;hui devient de plus en plus difficile du fait de cette fluidit\u00e9 voire labilit\u00e9 des faits et des savoirs. Or la jeunesse, et l&rsquo;ensemble de la population m\u00eame adulte, doivent ouvrir les yeux sur leurs propres intentions. Ce besoin d&rsquo;\u00eatre et d&rsquo;exister est le r\u00e9v\u00e9lateur d&rsquo;une double crise : celle du faire soci\u00e9t\u00e9 et celle de l\u2019\u00e8re post-m\u00e9diatique et ses codes nouveaux. Soulever la question des intentions \u00e0 chaque occasion o\u00f9 cela peut s&rsquo;av\u00e9rer pertinent devrait \u00eatre au c\u0153ur de tout processus \u00e9ducatif et de formation \u00e0 l&rsquo;\u00e8re post-m\u00e9diatique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A suivre et \u00e0 d\u00e9battre<\/p>\n<p>BD<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>P.S. L&rsquo;intention cach\u00e9e est souvent tue et pourtant, trop souvent, l&rsquo;intention tue r\u00e9ellement ou virtuellement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous sommes entr\u00e9s dans l&rsquo;\u00e8re post-m\u00e9diatique depuis quelques ann\u00e9es, sous l&rsquo;influence du d\u00e9veloppement de technologies qui ont amen\u00e9 les m\u00e9dias \u00e0 \u00e9voluer, \u00e0 se transformer. Dans le m\u00eame temps, les pratiques humaines d&rsquo;information et de communication se sont aussi transform\u00e9es. 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