{"id":418,"date":"2009-08-18T14:21:04","date_gmt":"2009-08-18T13:21:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.brunodevauchelle.com\/blog\/?p=418"},"modified":"2009-08-18T14:21:04","modified_gmt":"2009-08-18T13:21:04","slug":"gratuit-ou-payant-reproduire-remunerer-proteger","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/?p=418","title":{"rendered":"gratuit ou payant : reproduire, r\u00e9mun\u00e9rer, prot\u00e9ger&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>Plusieurs faits r\u00e9cents peuvent nous amener \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la question qui est sous-jacente aux d\u00e9bats sur les lois Hadopi et autres :<br \/>\n&#8211; La prise de position de Jacques Attali, contraire \u00e0 celle de Denis Olivennes, et proche de celle de Laurent Petitgirard (voir Lib\u00e9ration et son article : http:\/\/www.ecrans.fr\/Jacques-Attali-On-a-une-guerre-de,7753.html consult\u00e9 ce 18 aout 2009) a propos de la licence globale<br \/>\n&#8211; L&rsquo;annonce faite ce 18 aout du choix fait par la BnF de se tourner vers google pour la num\u00e9risation de ses contenus apr\u00e8s avoir longtemps lutt\u00e9 contre (ceci dit les termes des \u00e9changes ne sont pas encore pr\u00e9cis\u00e9s, il vaut mieux aller voir la nature du contrat de la BM de Lyon pour comprendre les arcanes de ce genre de march\u00e9)<br \/>\nUne analyse de la situation m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre faite pour clarifier les termes du d\u00e9bat.<br \/>\n&#8211; En premier lieu il faut observer que le \u00ab\u00a0fait num\u00e9rique\u00a0\u00bb est en train de produire le m\u00eame effet industriel que l&rsquo;abandon du charbon et de l&rsquo;industrie sid\u00e9rurgique en France. La r\u00e9alit\u00e9 est que ce n&rsquo;est pas le contenu qui dispara\u00eet, mais le moyen de la produire et de le distribuer qui change. Dans le cas du livre, de l&rsquo;audio et de la vid\u00e9o, cela est facilement observable sur la toile. La cr\u00e9ation des industries interm\u00e9diaires n&rsquo;a pu se faire que parce que la technologie l&rsquo;imposait alors. D\u00e8s lors que cette technologie change, il est logique que les interm\u00e9diaires changent au moins de fa\u00e7on de faire, voire m\u00eame disparaissent. Ainsi les d\u00e9bats sur la presse (cf le courrier International ou la revue Books de juillet 2009) sur le livre et autres mettent-ils en \u00e9vidence une \u00e9volution rapide des industries li\u00e9es aux supports. D&rsquo;ailleurs l&rsquo;argument selon lequel il faudrait faire payer les nouveaux supports pour le anciens ne tiendra pas longtemps&#8230; pourquoi un FAI paierait-il pour une autre industrie, qu&rsquo;il concurrence. Mais l&rsquo;argument le plus souvent employ\u00e9 est celui de la protection des auteurs et de leurs droits, avant m\u00eame d&rsquo;expliquer tout simplement que des magasins comme la FNAC, les disquaires, les libraires sont vou\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre ainsi que toute la logistique en amont, \u00e9diteurs compris, compte tenu des nouveaux supports.<br \/>\n&#8211; En second lieu, il faut rappeler que la gratuit\u00e9 est un leurre. En effet, et nous en avons souvent d\u00e9battu autour de ce blog et de son anc\u00e8tre la liste de diffusion \u00e9ponyme, tout produit, fut-il de l&rsquo;esprit repr\u00e9sente un co\u00fbt. Parfois il s&rsquo;agit simplement du co\u00fbt du temps, mais dans la plupart des cas, \u00e0 ce temps s&rsquo;ajoute de la r\u00e9flexion, des savoirs, etc&#8230; bref une logistique intellectuelle qui peut \u00eatre tr\u00e8s lourde pour ceux qui la proposent. Autrement dit, une information arriv\u00e9e \u00e0 un destinataire a toujours un co\u00fbt et que la gratuit\u00e9 ou tout au moins la lecture de son acc\u00e8s comme tel, est du au fait que \u00ab\u00a0l&rsquo;acte de paiement\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas simultan\u00e9 \u00e0 celui de la consommation du bien et que de surcroit, avec l&rsquo;information, le paiement n&rsquo;ali\u00e8ne pas l&rsquo;auteur de son bien, et qu&rsquo;il peut le vendre \u00e0 d&rsquo;autres (allez sur l&rsquo;Apple store d&rsquo;Apple et vous comprendrez). La d\u00e9mat\u00e9rialisation du bien et sa mise \u00e0 disposition sans un acte simultan\u00e9 de paiement cr\u00e9e l&rsquo;illusion de la gratuit\u00e9. En fait le co\u00fbt de chaque information, m\u00eame ill\u00e9gale est support\u00e9e par le collectif. Ainsi le ch\u00f4meur qui passe des journ\u00e9es \u00e0 tromper son ennui en se mettant \u00e0 diffuser l&rsquo;information (l\u00e9gale ou non) sur le web fait bien supporter le co\u00fbt de sa situation au collectif mais pas au consommateur de son information. Autrement dit ce sont les cotisations du travailleur qui permettent au ch\u00f4meur ce qu&rsquo;il peut faire et qu&rsquo;il arr\u00eatera de faire d\u00e8s lors qu&rsquo;il aura retrouv\u00e9 un travail qui l&rsquo;absorbera et donc comptera son temps d&rsquo;une autre mani\u00e8re. Quand on dit que c&rsquo;est la publicit\u00e9 qui rend gratuit le contenu, l\u00e0 encore, c&rsquo;est le collectif qui paye. Ce n&rsquo;est plus le collectif travailleur, mais le collectif consommateur, mais au bout du compte c&rsquo;est bien le m\u00eame m\u00e9canisme sous-jacent. Quand il s&rsquo;agit d&rsquo;informations publiques divulgu\u00e9es par l&rsquo;\u00e9tat, alors ce sont les impots, pour ceux qui en payent, qui servent \u00e0 couvrir le co\u00fbt. Rien n&rsquo;est gratuit, mais comme pour le bilan \u00e9nerg\u00e9tique d&rsquo;un bien, il faut prendre tous les param\u00e8tres en compte.<br \/>\n&#8211; En troisi\u00e8me lieu il faut revenir \u00e0 la question de la vie des \u00ab\u00a0auteurs\u00a0\u00bb et donc de travailler sur le paiement par le \u00ab\u00a0consommateur\u00a0\u00bb. De fait l&rsquo;auteur (pris de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rique, en recouvrant l&rsquo;ensemble des supports et des m\u00e9tiers qui entourent les auteurs) produit un bien et cela a un co\u00fbt pour lui. Il doit bien vivre d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre. Ainsi s&rsquo;il met gratuitement son bien \u00e0 disposition, alors c&rsquo;est le collectif qui paye, ce collectif qui lui assure la base de vie dont il a besoin. Le monde enseignant a, sur ce sujet, une absence de compr\u00e9hension du ph\u00e9nom\u00e8ne qui est le plus souvent \u00e9tonnant. En tant que pr\u00e9sident du Caf\u00e9 P\u00e9dagogique, je ne peux que constater la faiblesse des contributions volontaires des abonn\u00e9s (m\u00eame si cela s&rsquo;am\u00e9liore). Depuis 2001, ann\u00e9e de cr\u00e9ation du Caf\u00e9, nous nous satisfaisons du succ\u00e8s rencontr\u00e9, mais nous d\u00e9plorons l&rsquo;absence de retour financier direct de la part des usagers. Autrement dit nous faisons porter sur le collectif le co\u00fbt de Caf\u00e9 : untel utilise son temps libre de prof, l&rsquo;autre sa retraite, l&rsquo;autre ses nuits etc&#8230; Autrement dit chacun se d\u00e9brouille pour \u00e9viter le lien direct entre le travail et le paiement, tant que la situation perdure. En d&rsquo;autres termes le probl\u00e8me de fond est le lien entre l&rsquo;auteur et le consommateur (je l&rsquo;appelle \u00e0 dessein comme cela, pour bien indiquer que la plupart d&rsquo;entre nous sommes noy\u00e9s dans ce cadre paradigmatique lib\u00e9ral &#8211; de droite ou de gauche). La culture du consommateur, bas\u00e9e sur des biens mat\u00e9riels tangibles l&rsquo;a progressivement amen\u00e9 \u00e0 consid\u00e9rer que sans objet physique il n&rsquo;y a pas de co\u00fbt. D\u00e8s lors que l&rsquo;immat\u00e9riel remplace le mat\u00e9riel, nous sommes dans une r\u00e9volution culturelle profonde par rapport \u00e0 l&rsquo;acte de consommation. Autrement dit, plut\u00f4t que d&rsquo;\u00e9riger des lois pour freiner l&rsquo;\u00e9rosion, il est temps de travailler \u00e0 la prise de conscience et \u00e0 la responsabilisation du consommateur d&rsquo;immat\u00e9riel : quel est le juste prix qu&rsquo;il convient de payer pour un \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb ?<br \/>\nAutrement dit et de mani\u00e8re paradoxale : quel doit \u00eatre le co\u00fbt de la gratuit\u00e9 ? Le choix de payer pour tel ou tel bien s&rsquo;appuie sur plusieurs points : le premier est le besoin (cf le march\u00e9 noir pendant les p\u00e9riodes de guerre); le second est le bien auquel on veut acc\u00e9der et la mat\u00e9rialit\u00e9 de celui-ci reste pour l&rsquo;instant une norme pour tous les biens&#8230; le troisi\u00e8me est la compr\u00e9hension de la relation \u00ab\u00a0transactionnelle\u00a0\u00bb fondamentale entre l&rsquo;auteur et l&rsquo;acheteur. L&rsquo;Apple store constitue pour cela un mod\u00e8le int\u00e9ressant \u00e0 observer dans son devenir mais aussi dans son mod\u00e8le actuel. Il tente de r\u00e9concilier les deux approches, d&rsquo;une mani\u00e8re tr\u00e8s p\u00e9dagogique. D&rsquo;ailleurs nombre d&rsquo;auteurs ne s&rsquo;y sont pas tromp\u00e9s: il proposent deux versions dont l&rsquo;une permet de mesurer la pertinence, l&rsquo;autre la r\u00e9ponse au besoin.<br \/>\nIl est n\u00e9cessaire que dans l&rsquo;ensemble des milieux qui produisent des biens devenus immat\u00e9riels, un travail d&rsquo;explication, un travail p\u00e9dagogique s&rsquo;engage pour permettre \u00e0 chaque consommateur d&rsquo;identifier non seulement le co\u00fbt, mais aussi, et c&rsquo;est plus important actuellement, la mani\u00e8re dont il est support\u00e9 (par qui, quand comment). L&rsquo;\u00e9ducation du nouveau consommateur est la seule cl\u00e9 possible pour \u00e9viter des textes aussi inapplicables que la loi hadopi. Mais aussi l&rsquo;\u00e9ducation de l&rsquo;auteur, et des \u00e9ventuels interm\u00e9diaires. N&rsquo;oublions pas que la plupart des tensions dans le monde agricole sont li\u00e9es \u00e0 ces interm\u00e9diaires et \u00e0 leur r\u00f4le obscur (il y a parfois collusion entre eux&#8230; producteurs et interm\u00e9diaires&#8230;). Les propos d&rsquo;un certain nombre de d\u00e9fenseur de la loi Hadopi, a l&rsquo;instar de la loi sur le livre jadis \u00e9dict\u00e9e sous Jack Lang, consistent en l&rsquo;id\u00e9e principale d&rsquo;\u00e9viter des restructurations trop brutales sans que les mod\u00e8les alternatifs ne soient en place. Il y aura des restructurations, c&rsquo;est in\u00e9vitable (dans notre syst\u00e8me lib\u00e9ral) dans ce domaine comme jadis dans d&rsquo;autres (textile, sid\u00e9rurgie), c&rsquo;est regrettable essentiellement parce qu&rsquo;il y a des d\u00e9gats humains et qu&rsquo;ils touchent en premier les plus faibles et les plus d\u00e9munis. Alors s&rsquo;il y a une loi \u00e0 faire passer, c&rsquo;est d&rsquo;abord celle qui permet d&rsquo;att\u00e9nuer ces d\u00e9gats humains pour permettre \u00e0 chacun de retrouver sa dignit\u00e9.<br \/>\nPour terminer je voudrais citer F\u00e9lix Leclerc et sa chanson \u00ab\u00a0100 000 fa\u00e7ons de tuer un homme\u00a0\u00bb qu&rsquo;il conclut, apr\u00e8s dresser un inventaire \u00e0 la Pr\u00e9vert :<br \/>\n\u00ab\u00a0Non vraiment je reviens aux sentiments premiers<br \/>\nl&rsquo;infaillible fa\u00e7on de tuer un homme<br \/>\nC&rsquo;est de le payer pour \u00eatre ch\u00f4meur<br \/>\nEt puis c&rsquo;est gai dans une ville \u00e7a fait des morts qui marchent.\u00a0\u00bb<br \/>\nA d\u00e9battre<br \/>\nBD<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plusieurs faits r\u00e9cents peuvent nous amener \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la question qui est sous-jacente aux d\u00e9bats sur les lois Hadopi et autres : &#8211; La prise de position de Jacques Attali, contraire \u00e0 celle de Denis Olivennes, et proche de celle de Laurent Petitgirard (voir Lib\u00e9ration et son article : http:\/\/www.ecrans.fr\/Jacques-Attali-On-a-une-guerre-de,7753.html consult\u00e9 ce 18 aout &hellip; <\/p>\n<p><a class=\"more-link btn\" href=\"https:\/\/brunodevauchelle.org\/?p=418\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"amp_status":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[16],"tags":[115,546,549,929,1060,1141,1684,1707],"class_list":["post-418","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","tag-loi-hadopi","tag-cout","tag-creation","tag-gratuite","tag-intermediaires","tag-logistique","tag-supports","tag-technologie"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_likes_enabled":true,"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/418","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=418"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/418\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=418"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=418"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=418"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}