{"id":456,"date":"2009-09-13T11:36:41","date_gmt":"2009-09-13T10:36:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.brunodevauchelle.com\/blog\/?p=456"},"modified":"2009-09-13T11:36:41","modified_gmt":"2009-09-13T10:36:41","slug":"loubli-et-lecrit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/?p=456","title":{"rendered":"L&#039;oubli et l&#039;\u00e9crit"},"content":{"rendered":"<p>Sachant qu&rsquo;il se produit plus de 60 000 titres de livre par an dont 57 000 sont commercialis\u00e9s\u00a0 en France<br \/>\nSachant qu&rsquo;il y a 594 600 r\u00e9f\u00e9rences de titres disponibles (en 2007)<br \/>\nSachant que 75% des adultes lisent au moins un livre par an<br \/>\n(source livre en f\u00eate, centre national du livre)<br \/>\nSachant que, si l&rsquo;on se base sur la lecture moyenne de 4 livres par an, ce qui est assez g\u00e9n\u00e9reux, et par personne en age de lire (entre 5 et 80 ans), une personne lit \u00e0 peu pr\u00e8s 300 livres dans sa vie<br \/>\nSi l&rsquo;on ajoute \u00e0 cela les journaux, revues papier&#8230;..<br \/>\nSi l&rsquo;on ajoute \u00e0 cela les contenus \u00e9crits num\u00e9riques de toutes sortes&#8230;.<br \/>\nOn peut se demander de ce qu&rsquo;il advient de ce qui n&rsquo;est pas lu, sous quelque forme que ce soit<br \/>\nOn peut se demander \u00e0 quelle part de savoir chacun acc\u00e8de au cours de savie<br \/>\nOn peut se demander combien d&rsquo;\u00e9crits sont inutilis\u00e9s<br \/>\nOn peut se demander combien d&rsquo;\u00e9crits sont inutiles<br \/>\n&#8230;.<br \/>\nL&rsquo;\u00e9criture constitue un outil de l&rsquo;externalisation de la m\u00e9moire humaine. le probl\u00e8me, c&rsquo;est qu&rsquo;une fois externalis\u00e9e, il faut pouvoir y acc\u00e9der en tant que de besoin. Or la quantit\u00e9 produite, la quantit\u00e9 accessible, et la quantit\u00e9 qu&rsquo;un individu peut absorber sont trois donn\u00e9es qui posent probl\u00e8me et qui au del\u00e0 des querelles de domination mondiale, doivent aussi \u00eatre pos\u00e9es pour comprendre l&rsquo;enjeu qui se cache derri\u00e8re l&rsquo;\u00e9volution d&rsquo;Internet et plus largement sur le devenir du savoir dans nos soci\u00e9t\u00e9s.<br \/>\nComme on le constate la quantit\u00e9 d&rsquo;\u00e9crit produit sous forme papier, avant la num\u00e9risation et depuis la num\u00e9risation est colossale. Il m&rsquo;est arriv\u00e9 r\u00e9cemment de ne pouvoir acqu\u00e9rir un livre (r\u00e9cent et r\u00e9\u00e9dit\u00e9) car il \u00e9tait \u00e9puis\u00e9 et non disponible sous sa forme num\u00e9rique au moment o\u00f9 j&rsquo;en avais besoin. Certes j&rsquo;aurai pu l&#8217;emprunter, mais c&rsquo;est un livre dont j&rsquo;ai souvent besoin et que je souhaite pouvoir annoter (car pour moi annoter un livre c&rsquo;est le rendre plus disponible pour mon usage et aussi participer \u00e0 son \u00e9volution). Je crois comprendre que la forme mat\u00e9rielle (le livre) est inadapt\u00e9e \u00e0 sa diffusion. Jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent cela n&rsquo;a pas trop pos\u00e9 de probl\u00e8me, on accepte bon gr\u00e8 mal gr\u00e8 cette limitation technique et on fait avec. Mais avec le num\u00e9rique, combien de temps acceptera-t-on de ne pouvoir acc\u00e9der \u00e0 des ouvrages ais\u00e9ment manipulables et durablement accessibles &#8211; \u00e0 port\u00e9e de main &#8211; sous pr\u00e9texte que sur fond de technique, les lois de la rentabilit\u00e9 et les lois sur le droit d&rsquo;auteur en interdisent l&rsquo;acc\u00e8s constant. Il est \u00e9tonnant de constater que les lois sur le droit d&rsquo;auteur peuvent ainsi emp\u00eacher la diffusion d&rsquo;un contenu alors que c&rsquo;est l&rsquo;inverse qui est recherch\u00e9 dans la publication d&rsquo;un \u00e9crit.<br \/>\nAinsi la forme physique du livre le condamne \u00e0 l&rsquo;oubli, \u00e0 l&rsquo;enfouissement, parfois \u00e0 l&rsquo;inutilisabilit\u00e9&#8230; L&rsquo;arriv\u00e9e du num\u00e9rique a fait exploser la quantit\u00e9 d&rsquo;\u00e9crit (produit, disponible lu). Est-il possible d&#8217;emp\u00eacher la num\u00e9risation des ces livres et \u00e9crits enfouis ? Oui si l&rsquo;on consid\u00e8re plusieurs aspects.<\/p>\n<ul>\n<li> Le premier est le co\u00fbt de la num\u00e9risation. Ce co\u00fbt n&rsquo;est vrai qu&rsquo;avant le d\u00e9veloppement massif de l&rsquo;\u00e9dition assist\u00e9e par ordinateur. Mais il suffit d&rsquo;entendre les d\u00e9bats sur la num\u00e9risation en ce moment pour comprendre le probl\u00e8me<\/li>\n<li> Le second est technique. La quantit\u00e9 d&rsquo;\u00e9crit papier existant va demander du temps (6 ans pour 500 000 ouvrages \u00e0 Lyon par exemple) et des outils de num\u00e9risation. Il n&rsquo;est pas certain qu&rsquo;au cours du processus il n&rsquo;y ait pas des oublis, des s\u00e9lections, des accidents&#8230;<\/li>\n<li> Le troisi\u00e8me est humain. Celui qui effectue la num\u00e9risation a-t-il des droits sur celui qui a produit la source num\u00e9ris\u00e9e. La question des droits d&rsquo;auteurs (les partisans du libre ou encore Lawrence Lessig l&rsquo;ont montr\u00e9) est un frein important \u00e0 la diffusion des savoirs, s&rsquo;il induit qu&rsquo;il est peut-\u00eatre impossible d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 cette ressource&#8230;et ce encore plus si l&rsquo;on en n&rsquo;a pas les moyens mat\u00e9riels&#8230;<\/li>\n<\/ul>\n<p>Nous nous retrouvons devant un paradoxe : d\u00e9mocratiser l&rsquo;acc\u00e8s au savoir tout en limitant cet acc\u00e8s. D\u00e9mocratiser, mais pas trop semble \u00eatre un leitmotiv sous jacent \u00e0 l&rsquo;argumentaire de nombreux opposants \u00e0 la num\u00e9risation. Intervient alors la notion de patrimoine (\u00e9tymologiquement h\u00e9ritage du p\u00e8re) qui a acquis au fil des ann\u00e9es et de l&rsquo;\u00e9volution du droit de la famille une puissance redoutable. Quand on connait l&rsquo;importance de l&rsquo;h\u00e9ritage dans certaines soci\u00e9t\u00e9s par rapport \u00e0 d&rsquo;autres, on peut se poser la question de savoir si le terme doit \u00eatre restreint \u00e0 la filiation directe ou plus g\u00e9n\u00e9ralement au groupe sociale d&rsquo;appartenance (bien commun). Or pour ce qui est du savoir, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 d&rsquo;un \u00e9difice ou d&rsquo;un bien mat\u00e9riel, la non mat\u00e9rialit\u00e9 initiale a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e en mat\u00e9rialit\u00e9 du fait du support. Ainsi il y a fusion entre le support et son contenu ceci impliquant que c&rsquo;est le support qui dicte sa loi au contenu&#8230;. On le sait depuis longtemps, il n&rsquo;y a pas plus antid\u00e9mocratique que le livre&#8230;. et les statistiques r\u00e9centes le confirment et l&rsquo;effort des biblioth\u00e8ques de pr\u00eats ne doit pas \u00eatre n\u00e9glig\u00e9, m\u00eame s&rsquo;il reste relatif (cf les \u00e9tudes sur les non lecteurs des biblioth\u00e8ques, BBF\/Enssib).<br \/>\nCe qui affole avec le num\u00e9rique c&rsquo;est justement qu&rsquo;il ouvre une boite dans laquelle seuls des privil\u00e9gi\u00e9s, professionnels ou non, avaient acc\u00e8s. Le r\u00e9cent billet d&rsquo;un journaliste sur la mise en ligne sur Internet d&rsquo;une vid\u00e9o d&rsquo;un ministre tenant des propos pour le moins sujets \u00e0 d\u00e9bats illustre cela. Ce journaliste fustige l&rsquo;Internet qui fonctionnerait sans la fameuse v\u00e9rification des sources dont tant de journalistes se pr\u00e9valent pour justifier leur statut. Or la vid\u00e9o \u00e0 laquelle il fait allusion est diffus\u00e9e justement sur le site d&rsquo;un journal dit \u00ab\u00a0de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0\u00bb, le logo figurant sur la vid\u00e9o elle-m\u00eame. Voici un exemple de l&rsquo;id\u00e9e qui veut que l&rsquo;information source ne peut \u00eatre diffus\u00e9e en dehors des circuits \u00ab\u00a0autoris\u00e9s\u00a0\u00bb (rappelons nous Coluche qui se demandait jadis qui \u00e9taient les autorisateurs !!!). Or ce qui est en train de se passer, Coluche l&rsquo;avait bien vu\u00a0 au moins pour un aspect, c&rsquo;est le contournement des autorit\u00e9s au risque d&rsquo;avoir une autre v\u00e9rit\u00e9. Autrement dit cela r\u00e9v\u00e8le une crise de confiance. Si l&rsquo;on consid\u00e8re de r\u00e9centes \u00e9lections, en Iran au PS ou encore au Gabon, la contestation syst\u00e9matique des r\u00e9sultats vient bien du double syst\u00e8me : tricherie possible, informations inv\u00e9rifi\u00e9es, voirs inv\u00e9rifiables.<br \/>\nDu fait \u00e0 la trace, de la trace \u00e0 la diffusion, de la diffusion \u00e0 la r\u00e9ception, il y a une cha\u00eene qui oublie un maillon essentiel qui est au deux bouts : l&rsquo;humain, celui qui fait et celui qui acc\u00e8de aux traces et qui \u00e9ventuellement les transforme. Autrement dit, il semble bien que les interm\u00e9diaires ont le pouvoir entre les deux extr\u00eames :Ils choisissent les faits, les trient, les hi\u00e9rarchises, les r\u00e9\u00e9crivent et ensuite tentent de les imposer&#8230; Le ph\u00e9nom\u00e8ne num\u00e9rique veut modifier le statut et le r\u00f4le de ces interm\u00e9diaires. De mani\u00e8re utopique et na\u00efve, se d\u00e9barrasser des interm\u00e9diaires en les rempla\u00e7ants pas des technologies, c&rsquo;est redonner au lecteur le droit d&rsquo;auteur sur le fait. Mais la technologie n&rsquo;est pas transparente et les lecteurs ne sont pas \u00e9gaux devant les faits, leur \u00e9ducation, prise\u00a0 au sens large, mais aussi l&rsquo;inn\u00e9, sont diff\u00e9rents et les diff\u00e9rences ont des cons\u00e9quences significatives sur les faits et l&rsquo;acc\u00e8s aux faits pour chacun. C&rsquo;est pourquoi tous ces interm\u00e9diaires doivent red\u00e9finir leur place dans un tel syst\u00e8me.<br \/>\nDans un tel contexte on peut conclure que le \u00ab\u00a0livre\u00a0\u00bb et plus largement l&rsquo;\u00e9crit sont en train de vivre une r\u00e9volution dont chacun des \u00e9crits actuels, multiples et vari\u00e9s (revue Books juin 2009, le Monde du 12 septembre \u00e0 propos de google) est le t\u00e9moin. C&rsquo;est pourquoi il est int\u00e9ressant de lire ces \u00e9crits avec un double regard : d&rsquo;abord en les situant dans leur dimension quantitative r\u00e9elle (quelle preuve sont apport\u00e9es dans ces \u00e9crits), ensuite en tentant de d\u00e9celer la lecture id\u00e9ologique de ces propos au travers des arguments employ\u00e9s (ordonnancement des arguments, domaines de ceux-ci, valeurs&#8230;) et enfin en tentant de d\u00e9passer l&rsquo;instant de ces propos pour resituer les questions pos\u00e9es dans leur \u00e9volution et leur historicit\u00e9.<br \/>\nEn mettant en avant les chiffres du livre on s&rsquo;aper\u00e7oit qu&rsquo;il y a plus de livres oubli\u00e9s, ignor\u00e9s que de livres lus (m\u00eame les plus gros lecteurs qui revendiquent plus de 50 livres par an en lisent difficilement plus de 4000 au cours de leurs vie). En mettant en avant certains chroniques journalistiques (mais on pourrait aussi le faire pour d&rsquo;autres professions dont l&rsquo;enseignement) on s&rsquo;aper\u00e7oit qu&rsquo;il y a derri\u00e8re ces propos une dimension identitaire forte qui r\u00e9v\u00e8le la fragilit\u00e9 des interm\u00e9diaires dans une soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;information. En regardant les d\u00e9bats sur les nouvelles formes de lectures et les n\u00e9cessit\u00e9s nouvelles induites par la num\u00e9risation (cf les propos de Milad Doueihi) on se trouve devant un espace immense pour lequel la peur de l&rsquo;inconnu ne peut servir de guide pour l&rsquo;action ou la r\u00e9action. Il s&rsquo;agit, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un cadre anthropologique explicite, de tenter de penser, non seulement les usages, mais aussi l&rsquo;\u00e9ducation qu&rsquo;ils impliquent.<br \/>\nL&rsquo;urgence de la r\u00e9flexion porte, entre autres, sur le rapport \u00e0 la m\u00e9moire (interne et externe) et sur les processus d&rsquo;\u00e9laboration des savoirs que ces nouvelles formes d&rsquo;acc\u00e8s au savoir imposent&#8230;. ou proposent&#8230;<br \/>\nBien que ce propos soit un peu embrouill\u00e9, il y a \u00e0 d\u00e9battre&#8230;.<br \/>\nBD<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sachant qu&rsquo;il se produit plus de 60 000 titres de livre par an dont 57 000 sont commercialis\u00e9s\u00a0 en France Sachant qu&rsquo;il y a 594 600 r\u00e9f\u00e9rences de titres disponibles (en 2007) Sachant que 75% des adultes lisent au moins un livre par an (source livre en f\u00eate, centre national du livre) Sachant que, si &hellip; <\/p>\n<p><a class=\"more-link btn\" href=\"https:\/\/brunodevauchelle.org\/?p=456\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"amp_status":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[5,9,23],"tags":[65,124,631,1063,1109,1288,1340,1486,1518],"class_list":["post-456","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-education-et-formation","category-general","category-societe","tag-droit-dauteur","tag-memoire-humaine-externalisation","tag-diffusion","tag-internet","tag-lecture","tag-numerisation","tag-papier","tag-quantite","tag-references"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_likes_enabled":true,"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/456","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=456"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/456\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=456"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=456"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=456"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}