{"id":519,"date":"2009-11-01T16:02:39","date_gmt":"2009-11-01T15:02:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.brunodevauchelle.com\/blog\/?p=519"},"modified":"2009-11-01T16:02:39","modified_gmt":"2009-11-01T15:02:39","slug":"trop-a-lire-trop-a-ecrire-a-cause-des-tic","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/?p=519","title":{"rendered":"Trop \u00e0 lire, trop \u00e0 \u00e9crire, \u00e0 cause des TIC ?"},"content":{"rendered":"<p>Le d\u00e9veloppement actuel des contenus sur Internet permet \u00e0 nombre d&rsquo;observateurs de parler de surdose d&rsquo;information, de surabondance, voire m\u00eame \u00ab\u00a0d&rsquo;infob\u00e9sit\u00e9\u00a0\u00bb. La multiplication des sources de toutes natures oblige le veilleur \u00e0 multiplier les techniques de recueil d&rsquo;information, mais surtout le temps \u00e0 passer \u00e0 suivre ces informations, les lire et \u00e9ventuellement les traiter. D&rsquo;ailleurs dans les \u00e9tablissements scolaires, le premier r\u00e9flexe enseignant (documentalistes compris) est de penser \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;\u00e9duquer les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 g\u00e9rer cette surabondance. Effectivement il y a l\u00e0 un r\u00e9el probl\u00e8me qui ne fera que s&rsquo;amplifier au cours des ann\u00e9es \u00e0 venir. Cependant si l&rsquo;on analyse un peu l&rsquo;histoire de nos soci\u00e9t\u00e9s au fonctionnement fond\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9crit, cette \u00e9volution est constante depuis plusieurs si\u00e8cles et cette surabondance d&rsquo;information est ancienne, mais amplifi\u00e9e d&rsquo;un probl\u00e8me qui \u00e9tait l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 ces informations : on avait d\u00e9j\u00e0 beaucoup plus de documents qu&rsquo;une vie suffit \u00e0 les absorber, mais en plus il sont difficiles d&rsquo;acc\u00e8s depuis longtemps.<br \/>\nBlanche, grise, noire, disparue, l&rsquo;information est en constante augmentation et la difficult\u00e9 \u00e0 la traiter de plus en plus importante. La nouveaut\u00e9 principale de ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es en mati\u00e8re d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;information est l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une possibilit\u00e9 nouvelle : l&rsquo;acc\u00e8s sans interm\u00e9diaire humain direct du fait de la num\u00e9risation. Cela ne signifie pas qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;interm\u00e9diaires. Les machines qui donnent acc\u00e8s \u00e0 ces informations sont bien con\u00e7ues par des humains qui ainsi mod\u00e8lent notre possibilit\u00e9 d&rsquo;acc\u00e8s en s&rsquo;appuyant sur un potentiel technique num\u00e9rique et binaire. On comprend d\u00e8s lors l&rsquo;impression de gouffre que nombre de documentalistes per\u00e7oivent lorsqu&rsquo;ils accompagnent les \u00e9l\u00e8ves dans le monde de l&rsquo;information&#8230;<br \/>\nEn parall\u00e8le il y a le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne du cot\u00e9 de l&rsquo;\u00e9crire. Depuis les antiques sites \u00e9crits en HTML, jusqu&rsquo;aux blogs, wiki, r\u00e9seaux sociaux et twitter, sans oublier les mails, chats et autres messageries instantan\u00e9es, nous n&rsquo;avons de cesse de multiplier les espaces d&rsquo;expression. Autrement dit si l&rsquo;information voit son volume augmenter, c&rsquo;est bien qu&rsquo;en amont il y a des producteurs. De r\u00e9cents \u00e9changes \u00e0 propos de twitter comme tueur de blog m&rsquo;a amen\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 cette \u00e9volution. En effet pour pouvoir \u00e9crire autant que certains le font, sur twitter, sur facebook, sur ning, sur leur blog, sur celui des autres, on peut se demander s&rsquo;ils ont encore le temps de vivre, ou au moins de r\u00e9fl\u00e9chir. Heureusement certains d&rsquo;entre eux nous content leur repas amicaux entre auteurs de toutes sortes, au moins on sait qu&rsquo;ils se nourrissent, \u00e0 d\u00e9faut de dormir ou de se distraire&#8230; Au del\u00e0 de simples questions de gestion d&rsquo;activit\u00e9s vari\u00e9es, il y a au moins un probl\u00e8me simple : peut-on \u00e9crire autant sans prendre le risque d&rsquo;appauvrissement de l&rsquo;\u00e9crit. Une amie m&rsquo;a dit \u00e0 plusieurs reprise que je devrais \u00e9crire un livre, mais je n&rsquo;en ai pas le temps, ou du moins si, mais il est dans mon blog, dans mes \u00e9crits de recherche professionnelle ou encore dans des communications, conf\u00e9rences et \u00e9change. Autrement dit \u00e9crire un livre n&rsquo;est plus \u00e0 l&rsquo;ordre du jour car cette activit\u00e9 qui suppose une certaine continuit\u00e9 de travail (selon mon exp\u00e9rience ant\u00e9rieure de publication) n&rsquo;est plus compatible avec mon organisation quotidienne aussi bien professionnellement que dans mes habitudes d&rsquo;\u00e9criture.<br \/>\nPour faire le lien entre ces deux probl\u00e9matiques, un mot, capt\u00e9 ce matin au hasard de lectures d&rsquo;une revue informatique (SVM), m&rsquo;a paru correspondre \u00e0 cette \u00e9volution : \u00ab\u00a0fragment\u00a0\u00bb. Or ce mot est aussi d\u00e9clinable en \u00ab\u00a0fragmentation\u00a0\u00bb mot horrible car popularis\u00e9 par son association au terme de bombe. Et pourtant le mot fragment est si parlant : le travail de l&rsquo;arch\u00e9ologue est fait de fragments. Roland Barthes ne nous avait-il pas invit\u00e9 dans un de ses livres c\u00e9l\u00e8bres \u00e0 parcourir les \u00ab\u00a0fragments d&rsquo;un discours amoureux\u00a0\u00bb&#8230;.!<br \/>\nDe fait nous passons de plus en plus de temps \u00e0 lire et \u00e0 \u00e9crire des fragments. Par rapport au livre se pose alors la question de savoir quand ces fragments vont constituer une unit\u00e9 aussi coh\u00e9rente que l&rsquo;on peut le penser d&rsquo;un livre. Mes deux lectures litt\u00e9raires de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 auraient pourtant du m&rsquo;alerter. Daniele Sallenave et Daniel Pennac, \u00e0 l&rsquo;instar de Philippe Delerm et de bien d&rsquo;autres, \u00e9crivent bien par fragments qui rassembl\u00e9s forme ces livres dont la seule forme physique laisse penser \u00e0 un tout coh\u00e9rent. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un dictionnaire ou une encyclop\u00e9die si ce n&rsquo;est un assemblage de fragments ? Amusant rapprochement que ce que la technologie nous invite \u00e0 d\u00e9velopper comme pratique (et que nombre de personnes d\u00e9plorent) alors qu&rsquo;elles existent d\u00e9j\u00e0 sans ces techniques (le journal, les \u00e9pisodes etc&#8230; au XXI\u00e8 avaient d\u00e9j\u00e0 cette caract\u00e9ristique).<br \/>\nOutre le fait que les fragments peuplent notre univers culturel depuis longtemps, ils peuplent aussi l&rsquo;\u00e9cole et en particulier d\u00e8s le coll\u00e8ge dans lequel l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve est confront\u00e9 quotidiennement \u00e0 une suite de fragments constitu\u00e9e d&rsquo;enseignants et de contenus qui se juxtaposent (10 en g\u00e9n\u00e9ral), en esp\u00e9rant qu&rsquo;au jour sacr\u00e9 de l&rsquo;examen terminal ils consitueront un tout coh\u00e9rent&#8230; Il est donc urgent de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 cette culture du fragment, du fragmentaire de la fragmentation. Et en particulier \u00e0 un point particuli\u00e8rement important qui est la concurrence entre fragments. Ainsi \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole les disciplines luttent entre elles pour devenir le principal fragment dont l&rsquo;arch\u00e9ologue du savoir rep\u00e9rera ainsi l&rsquo;importance plusieurs ann\u00e9es plus tard. A l&rsquo;image de la mosa\u00efque chacun tente de s&rsquo;imposer, seul l&rsquo;auteur peut enfin d\u00e9cider ce qui va d\u00e9passer chaque fragment dans l&rsquo;unit\u00e9 finale de l&rsquo;oeuvre.<br \/>\nDans le domaine de l&rsquo;\u00e9crit en ligne la question est la m\u00eame. Les sources d&rsquo;\u00e9criture fragmentaires se font concurrence : faut-il que je publie sur :mon blog, sur un r\u00e9seau social ou par microblog ? Faut-il que je communique par mel ou par messagerie instantan\u00e9e ? Dans le domaine de la lecture aussi : faut-il que j&rsquo;utilise les fil RSS, une page de signets, un r\u00e9seau social ou un microblog ? Il y a saturation dans l&rsquo;\u00e9crit comme il en a pour le lire. Il va devenir urgent d&rsquo;inviter les \u00e9l\u00e8ves (et je n&rsquo;ai pas parl\u00e9 des SMS) \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ces questions plut\u00f4t que de continuer \u00e0 verser des larmes sur les livres, les \u00ab\u00a0vrais\u00a0\u00bb, que si peu d&rsquo;adultes lisent vraiment, en v\u00e9rit\u00e9&#8230; La soci\u00e9t\u00e9 dite de l&rsquo;information, de la connaissance, des connaissants est d&rsquo;abord une soci\u00e9t\u00e9 de lecteurs et d&rsquo;\u00e9criveurs, sans lesquels l&rsquo;information et la connaissance ou le savoir ne sont rien.<br \/>\nIl y a bien plusieurs sortes d&rsquo;\u00e9crits qui ne disent pas la m\u00eame chose suivant leur degr\u00e9 de fragmentation. C&rsquo;est ce que Bourdieu d\u00e9non\u00e7ait \u00e0 propos de la t\u00e9l\u00e9vision qui outre un spectacle norm\u00e9 \u00e9tait surtout un lieu de pens\u00e9e fragmentaire et qui usait de cette fragmentation comme mode de domination du r\u00e9cepteur. Car l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la multiplicit\u00e9 des \u00e9crits est d&#8217;emp\u00eacher le lecteur de s&rsquo;y retrouver&#8230; Annoncez une nouvelle scientifique dans un quotidien national, vous recevrez dans les minutes qui suivent une multiplicit\u00e9 de contestation (plus ou moins fond\u00e9es) de cette nouvelle. Autrement dit le fragment engendre l&rsquo;incertitude. La culture du fragment serait potentiellement dangereuse car elle emp\u00eache d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 la compl\u00e9tude, \u00e0 la complexit\u00e9 d&rsquo;une pens\u00e9e coh\u00e9rente. Aussi ai-je int\u00e9r\u00eat \u00e0 utiliser le SMS ou twitter, cela \u00e9vite d&rsquo;\u00eatre mis en cause&#8230; Et si c&rsquo;\u00e9tait cela la nouvelle soci\u00e9t\u00e9 du spectacle : le sens \u00e9nonc\u00e9 en 140 caract\u00e8res chrono !!!<br \/>\nEt pourtant la continuit\u00e9 de ces supports est parfaitement int\u00e9ressante. Ainsi ce billet qui sera relay\u00e9 tout \u00e0 l&rsquo;heure sur twitter pourra ensuite \u00eatre repris ailleurs jusqu&rsquo;\u00e0 ces auteurs qui s&rsquo;en emparerons pour \u00e9crire leur livre (parfois \u00e0 mon insu&#8230; sans me citer, mais cela n&rsquo;arrive jamais ,,,). De m\u00eame le lecteur averti pourra retrouver facilement l&rsquo;unit\u00e9 du travail que je m\u00e8ne en ligne pour peu qu&rsquo;il ait rep\u00e9r\u00e9 le cheminement professionnel de cette parole individuelle dans sa forme et pourtant essentiellement collective car bas\u00e9e sur l&rsquo;exp\u00e9rience.<br \/>\nCar pour finir, le probl\u00e8me est l\u00e0 : \u00e0 force de multiplier les \u00e9crits sur, \u00e0 propos quand et comment peut vivre ce dont on parle. Comment incarner ses \u00e9crits si l&rsquo;on passe tant de temps \u00e0 twitter et \u00e0 bloguer que la vie n&rsquo;existe plus que devant l&rsquo;\u00e9cran&#8230;.\u00a0 Si en plus l&rsquo;effet loupe \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment fait rage, alors on aura vite fait de comprendre que mon propos n&rsquo;aura plus aucune valeur.<br \/>\nEsp\u00e9rons que ce ne soit pas le cas ?<br \/>\nA suivre<br \/>\nBD<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le d\u00e9veloppement actuel des contenus sur Internet permet \u00e0 nombre d&rsquo;observateurs de parler de surdose d&rsquo;information, de surabondance, voire m\u00eame \u00ab\u00a0d&rsquo;infob\u00e9sit\u00e9\u00a0\u00bb. La multiplication des sources de toutes natures oblige le veilleur \u00e0 multiplier les techniques de recueil d&rsquo;information, mais surtout le temps \u00e0 passer \u00e0 suivre ces informations, les lire et \u00e9ventuellement les traiter. D&rsquo;ailleurs &hellip; <\/p>\n<p><a class=\"more-link btn\" href=\"https:\/\/brunodevauchelle.org\/?p=519\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"amp_status":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[9,24],"tags":[105,126,176,360,658,721,903,1687,1789],"class_list":["post-519","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-general","category-tice","tag-intermediaire-humain","tag-messageries-instantanees","tag-reflexe-enseignant","tag-blog","tag-documentalistes","tag-eleves","tag-fragments","tag-surabondance","tag-vie"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_likes_enabled":true,"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/519","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=519"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/519\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=519"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=519"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=519"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}