{"id":645,"date":"2010-04-21T09:22:48","date_gmt":"2010-04-21T08:22:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.brunodevauchelle.com\/blog\/?p=645"},"modified":"2010-04-21T09:22:48","modified_gmt":"2010-04-21T08:22:48","slug":"jecris-dabord-je-corrige-ensuite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/brunodevauchelle.org\/?p=645","title":{"rendered":"J&#039;\u00e9cris d&#039;abord, je corrige ensuite ?"},"content":{"rendered":"<p>Le probl\u00e8me des \u00e9crits sur le web, c&rsquo;est qu\u2019ils n\u2019ont pas de lecteur !!! Alors quand ils les rencontrent&#8230; quand je les rencontre&#8230;<br \/>\nCette r\u00e9flexion me vient \u00e0 une p\u00e9riode o\u00f9 je dois confronter, en direct, mes \u00e9crits, mes discours avec le public qu&rsquo;ils sont cens\u00e9s concerner et aussi faire r\u00e9fl\u00e9chir. Autrement dit les lecteurs peuvent me demander des comptes de visu. A lire, quand j&rsquo;en ai le temps, les milliers de lignes produites sur les diff\u00e9rents supports offerts par le web (twitter, facebook, blogs etc..), et moi m\u00eame comme auteur ici, je m&rsquo;aper\u00e7ois que la diff\u00e9rences est fondamentale et la compl\u00e9mentarit\u00e9, la continuit\u00e9 entre ces deux situations est indispensable.<br \/>\nTout d&rsquo;abord il nous faut analyser ce qui se passe quand j&rsquo;\u00e9cris sur le web.<br \/>\nSelon l&rsquo;interm\u00e9diaire de diffusion que j&rsquo;utilise, mes \u00e9crits ne sont pas du tout de m\u00eame nature. Si cela tient de l&rsquo;\u00e9vidence, ce n&rsquo;est pas pour autant qu&rsquo;il faut le n\u00e9gliger. En effet l&rsquo;utilisation de certains r\u00e9seaux sociaux met en parall\u00e8le des propos de nature et de densit\u00e9 totalement disparates sans aucune distinction initiale. L&rsquo;absence de structuration, autre qu&rsquo;au fil de l&rsquo;eau, est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui modifie compl\u00e8tement le \u00ab\u00a0relief\u00a0\u00bb des discours. Pour filer la m\u00e9taphore liquide, on peut consid\u00e9rer que le fil de l&rsquo;eau est un outil qui permet de faire couler, ou de noyer les propos dans un oc\u00e9an de mots&#8230; Certes l&rsquo;art de la mise en page, quand cela est disponible, renforce tel ou tel aspect des choses, mais il n&rsquo;est pas certain que dans de nombreux cas l&rsquo;auteur en soit le responsable (les machines savent parfois ajouter ce qu&rsquo;il faut au triste texte pour attirer le chaland).<br \/>\nEcrire sur le web peut \u00eatre un acte instantan\u00e9 ou un acte r\u00e9fl\u00e9chi. Le transfert de la fonction \u00e9ditoriale, traditionnelle dans l&rsquo;\u00e9crit ou l&rsquo;audiovisuel de masse, vers l&rsquo;auteur (devenu aussi \u00e9diteur) implique donc des choix qui ne sont pas toujours effectu\u00e9s ni m\u00eame conscients. L&rsquo;attitude de r\u00e9action rapide que certains ont adopt\u00e9e sur des outils instantan\u00e9s tend \u00e0 faire diminuer la r\u00e9flexion \u00e9ditoriale.<br \/>\nDans quel contexte peut-on apprendre cette fonction \u00e9ditoriale alors ? Lorsque l&rsquo;auteur est confront\u00e9 directement \u00e0 son lecteur. Or sur le web il y a une illusion de confrontation du fait que les \u00ab\u00a0r\u00e9actions rapides\u00a0\u00bb peuvent \u00eatre partiellement ma\u00eetris\u00e9es (ou ignor\u00e9es) par l&rsquo;auteur, au moins sur le support source. Si l&rsquo;on se r\u00e9f\u00e8re aux pratiques usuelles de communication en face \u00e0 face, il n&rsquo;y a pas de transposition possible avec l&rsquo;oral, car il y a absence de l&rsquo;autre au moment du propos. Quand nous parlons d&rsquo;\u00e9crit oralis\u00e9 ou d&rsquo;oral \u00e9crit, nous faisons erreur car c&rsquo;est le statut de l&rsquo;autre (\u00e0 moins de pr\u00eacher dans le d\u00e9sert et de parler \u00e0 Dieu&#8230;) qui est d\u00e9plac\u00e9. L&rsquo;autre dans l&rsquo;\u00e9crit rapide sur le web peut \u00eatre totalement inexistant, m\u00eame s&rsquo;il est souvent imagin\u00e9 mais dans un espace reconstruit artificiellement dans l&rsquo;imaginaire de l&rsquo;auteur. L&rsquo;autre peut \u00eatre aussi pr\u00e9sent, et m\u00eame fusionnellement pr\u00e9sent (l&rsquo;autre et moi ne faisons plus qu&rsquo;un dans mon propos) \u00e0 son insu parfois.<br \/>\nD\u00e8s lors que vous voulez faire entrer l&rsquo;autre dans votre \u00e9crit, il faut se donner le temps de la r\u00e9flexion d&rsquo;une part et instaurer la possibilit\u00e9 de la confrontation orale ensuite. C&rsquo;est cette possibilit\u00e9 qui renvoie \u00e0 la difficult\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire \u00ab\u00a0en public\u00a0\u00bb si partag\u00e9e dans notre soci\u00e9t\u00e9. Chaque fois que je vois des personnes en devoir d&rsquo;\u00e9crire (dossier \u00e0 pr\u00e9senter, m\u00e9moire, etc..) je m&rsquo;aper\u00e7ois que, pour peu que l&rsquo;\u00e9crit engage la personne, il y a des blocages importants. Je suis tr\u00e8s souvent \u00e9tonn\u00e9 de voir ce ph\u00e9nom\u00e8ne chez des enseignants. En effet tenir parole de mani\u00e8re engag\u00e9e reste rare, surtout lorsque cette parole s&rsquo;inscrit dans un espace de visibilit\u00e9 particuli\u00e8rement engageant, celui de l&rsquo;\u00e9crit. A moins qu&rsquo;une forte m\u00e9galomanie ne vienne mettre \u00e0 mal toute barri\u00e8re que l&rsquo;autre (symbolique) dresse en soi, cette difficult\u00e9 est tr\u00e8s courante. Or sur le web, cette barri\u00e8re se d\u00e9place. Autrement dit les petites m\u00e9galomanies ordinaires trouvent l\u00e0 un espace d&rsquo;expression nouveau qui permet \u00e0 nombre de nos cong\u00e9n\u00e8res de prendre parole.<br \/>\nCertains estiment que l&rsquo;anonymat par exemple est un bon outil pour cela. Sauf qu&rsquo;avec l&rsquo;anonymat, c&rsquo;est encore l&rsquo;autre que l&rsquo;on nie. Si je ne donne pas mon nom c&rsquo;est que je ne veux pas de l&rsquo;autre en moi. Le web d\u00e9bloquerait la capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9criture au prix de la disparition du lecteur. Mais qui donc, dans ces conditions, est celui qui s&rsquo;exprime ?\u00a0 Le nombre de fois o\u00f9, sur des espaces publics de r\u00e9action (les journaux proposent souvent cette possibilit\u00e9 dans leur version en ligne) les mod\u00e9rateurs en viennent \u00e0 limiter voire interdire les commentaires met bien en \u00e9vidence le probl\u00e8me pos\u00e9 par le passage \u00e0 l&rsquo;\u00e9crit sur le web. Le p\u00e9ril que fait peser l&rsquo;anonymat c&rsquo;est de rendre impossible toute expression revendiqu\u00e9e. Ainsi, parce que je risque de me faire agresser verbalement, je ne veux plus m&rsquo;exprimer. Il m&rsquo;est arriv\u00e9 de croiser tel ou tel de ces d\u00e9batteurs semi anonymes qui vous agressent. Ils ont continu\u00e9 en pr\u00e9sence cette agression, mais j&rsquo;ai beaucoup mieux \u00ab\u00a0accept\u00e9\u00a0\u00bb ou plut\u00f4t support\u00e9 ces propos d\u00e8s lors que l&rsquo;autre critique prenait chair. L&rsquo;\u00e9crit semi anonyme m&rsquo;avait cach\u00e9 quelques perceptions de ce qu&rsquo;est l&rsquo;autre et avait amplifi\u00e9 son impact sur mes propres \u00e9crits. Apr\u00e8s de telles rencontres je me suis souvent aper\u00e7u qu&rsquo;il \u00e9tait impossible d&rsquo;\u00e9changer avec ce genre de d\u00e9batteur. Ils sont s\u00fbrs de leurs propos, les v\u00f4tres ne les int\u00e9ressent que pour pouvoir se mettre en valeur.<br \/>\nDans certains cas ces propos sont simplement des \u00ab\u00a0jets de paroles\u00a0\u00bb pour voir. Plus court et moins verbeux, ces jets de paroles sont des propos de passage. Il est tentant de se comporter ainsi dans de nombreuses situations lorsque l&rsquo;on est attir\u00e9 par l&rsquo;envie de r\u00e9agir, de faire un bon mot, de laisser une trace. Sans port\u00e9e r\u00e9elle ce type d&rsquo;\u00e9crit n&rsquo;enrichit en rien l&rsquo;auteur initial, pas plus que celui qui \u00e9crit ces r\u00e9actions. Autrement dit des propos pour rien. Car c&rsquo;est bien souvent de ce la qu&rsquo;il s\u2019agit : des propos pour rien.<br \/>\nLe plaisir de l&rsquo;auteur c&rsquo;est la vraie rencontre du lecteur et de pr\u00e9f\u00e9rence en pr\u00e9sence apr\u00e8s des \u00e9changes \u00e0 distance. En d&rsquo;autres termes, et pour reprendre des propos proches de ceux de Pierre Bourdieu \u00e0 propos de la t\u00e9l\u00e9vision, l&rsquo;essentiel d&rsquo;une parole c&rsquo;est qu&rsquo;elle puisse s&rsquo;exprimer dans la globalit\u00e9 de la pens\u00e9e qu&rsquo;elle porte et pas seulement dans les fragments que lui impose le m\u00e9dia ou la mise en sc\u00e8ne du m\u00e9dia (la forme du d\u00e9bat contradictoire t\u00e9l\u00e9visuel pour Bourdieu). Or le d\u00e9veloppement sur Internet de formes multiples d&rsquo;expressions courtes et interactives tend \u00e0 amplifier le mouvement du fragment et de l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re et emp\u00eacher un propos approfondi et soutenu dans une logique qui tente de s&rsquo;exprimer.<br \/>\nLorsque cette possibilit\u00e9 existe, il y a alors un enrichissement tr\u00e8s fort de l&rsquo;auteur et du lecteur. Par la possibilit\u00e9 offerte de faire un cheminement commun de pens\u00e9e, cette forme d&rsquo;\u00e9change en ligne qui parfois rassemble des (petites) communaut\u00e9s est extr\u00eamement riche et prometteuse. Il faut alors que l&rsquo;auteur renonce \u00e0 entrer dans la spirale tentante de la reconnaissance de surface (celle qui vous vaut tant d&rsquo;amis (fans) ou de suiveurs (followers) qui se sont d\u00e9clar\u00e9s mais qui le plus souvent ne participent pas \u00e0 votre cheminement.<br \/>\nLe choix du blog parmi la multiplicit\u00e9 des moyens d&rsquo;expression en ligne rel\u00e8ve de ce souhait et de ce projet. Sans avoir le poids technique que constituait par exemple le web statique qui imposait le HTML puis le FTP et enfin une mise en lien v\u00e9rifi\u00e9e, le blog et l&rsquo;ensemble des syst\u00e8mes de types CMS me semble particuli\u00e8rement apte \u00e0 favoriser l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un savoir \u00e9crire nouveau. Moins contraignant que l&rsquo;\u00e9crit papier, plus directement en lien avec le lecteur potentiel, les nouveaux outils d&rsquo;\u00e9criture peuvent \u00eatre des pi\u00e8ges. Le choix du moyen adapt\u00e9 au projet d&rsquo;\u00e9criture permet de le d\u00e9jouer. Encore faut-il avoir un projet suffisamment clair et la rigueur et la ma\u00eetrise technique pour mener \u00e0 bien un tel projet<br \/>\nQuand aux corrections de mes \u00e9crits, elles s&rsquo;imposent sur le fond dans la continuit\u00e9 de ceux-ci. Cela fait maintenant 13 ann\u00e9es que je commets de tels \u00e9crits. Ces corrections se sont le plus souvent impos\u00e9es dans le temps et tr\u00e8s rarement dans l&rsquo;instantan\u00e9it\u00e9 de l&rsquo;\u00e9change, surtout court. Elles ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par des rencontres interpersonnelles r\u00e9elles ou virtuelles au cours desquelles continue de se construire cette pens\u00e9e qui aujourd&rsquo;hui remplirait plusieurs \u00ab\u00a0livres\u00a0\u00bb si on prenait le soin de les remettre en page. Mais, au contraire du livre, ces propos n&rsquo;ont jamais eu cet aspect d\u00e9finitif, ce qui peut les disqualifier, mais aussi ce qui peut les rendre plus en phase avec un objet de travail \u00ab\u00a0vivant\u00a0\u00bb.<br \/>\nEn tout cas \u00e9crire, rencontrer, corriger, partager un cheminement de pens\u00e9e, voil\u00e0 un des acquis du web dont aujourd&rsquo;hui je comprends de mieux en mieux l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, moi qui avait commenc\u00e9 par \u00e9crire et publier un livre&#8230;<br \/>\nA suivre et \u00e0 d\u00e9battre<br \/>\nBD<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le probl\u00e8me des \u00e9crits sur le web, c&rsquo;est qu\u2019ils n\u2019ont pas de lecteur !!! Alors quand ils les rencontrent&#8230; quand je les rencontre&#8230; Cette r\u00e9flexion me vient \u00e0 une p\u00e9riode o\u00f9 je dois confronter, en direct, mes \u00e9crits, mes discours avec le public qu&rsquo;ils sont cens\u00e9s concerner et aussi faire r\u00e9fl\u00e9chir. 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