Les enseignants de l’enseignement catholique privé sous contrat d’association : questions ?

Les enseignants des établissements catholiques d’enseignement sous contrat avec l’Etat se sentent souvent mal considérés. La médiatisation de quelques affaires qui ont fait les unes de plusieurs organes de presse écrite et autres n’est pas sans conséquences pour ces personnels qui au quotidien ont le sentiment de participer du service public d’éducation. « Il n’y a pas une réalité de l’enseignement privé catholique sous contrat, mais de multiples formes qui sont parfois très différentes » : de l’école primaire de trois classes en milieu rural à l’ensemble scolaire de centre-ville avec parfois plusieurs milliers d’élèves, les contextes sont bien différents. Nombre d’enseignants se sentent mal vus voir dénigrés alors que leur quotidien, comme nombre de leurs collègues du public, est au contact des élèves « tels qu’ils sont » mais pas vraiment comme ce que les statistiques mettent en avant en matière de CSP, IPS ou de prise en compte des différences. Les contrôles effectués par l’administration de l’éducation sont plus nombreux que par le passé, mais ils ont toujours existé sous diverses formes. A commencer par le contrôle des enseignants et de leur activité pédagogique au travers des inspections de leur travail et des classes. Mais aussi et en premier, par leur recrutement pas concours. Certes ces visites d’inspection sont bien rares (les inspecteurs sont surchargés de missions) parfois même alors que les enseignants seraient demandeurs d’aide, de conseils, d’accompagnement. L’état français a bien du mal à évaluer ses propres choix politiques, même dans l’enseignement…

Une image publique dégradée

Dans les discours tenus de l’extérieur de ces établissements, il y a beaucoup de représentations au moins partiellement fausses. Il est plus facile de se focaliser sur les symboles apparents que sur la réalité du quotidien. Les enseignants et personnels des établissements scolaires sont souvent mis en cause indirectement dans ces « attaques » alors que la critique est toujours nécessaire, mais qu’elle prend parfois des chemins « boueux ». Les enseignants que nous rencontrons dans nos interventions déplorent des jugements trop hâtifs et mal renseignés venus de l’extérieur. Mais ils sont eux-mêmes pris dans ce jeu des mots et des réalités aussi bien à propos de leurs réalités quotidienne que de celles de leurs collègues du public. Tout cela relève de la méconnaissance, parfois de la mauvaise fois mais aussi de l’idéologie.

Les réalités sociologiques

Une cartographie des établissements catholiques privés sous contrat met en évidence la diversité des situations de chacun d’eux. La tendance médiatique est trop souvent de réduire l’ensemble à deux ou trois exemples qui font les choix gras de certains médias. Les déséquilibres historiques de l’implantation de ces établissements sont à prendre en compte ( https://enseignement-catholique.fr/chiffres-cles-enseignement-catholique/  ). Certaines régions ont, historiquement, un nombre d’établissements proche de ceux du public. Dans d’autres, la place est extrêmement réduite à quelques unités le plus souvent isolées. Les questions de financement et de pilotage sont donc loin d’être homogènes et identiques.

Les fondateurs et leur place dans la société

L’origine historique de l’enseignement catholique est à prendre en compte pour mieux comprendre. Quand, dans un département, une congrégation religieuse s’engage dans l’éducation des filles à la sortie de la seconde guerre mondiale, elle tente de palier à un déficit d’Etat et proposant de l’accompagner dans le redressement. Si à l’origine de ces établissements issus des congrégations il y a la volonté de l’instruction religieuse, ce projet est toujours associé à une dimension d’éducation et d’instruction qui s’inscrit dans le paysage social, allant parfois à la rendre secondaire dans le quotidien. C’est une question d’autant plus actuelle que l’église catholique a fait l’objet de critiques voire d’accusations graves. Ces faits médiatisés sont très mal compris et perçus par les personnels de ces établissements. Cela entraîne parfois un repli frileux et une méfiance accrue même vis à vis de l’état.

Une liberté dans un cadre contraignant

Il faut rappeler ici le cadre légal de l’action des établissements sous contrat avec l’Etat. Ce contrat issu de la constitution de 1959 et constamment ajusté depuis reste cependant au coeur d’un questionnement à effets secondaires : l’indépendance et l’autonomie. Même si c’est très relatif, compte tenu du recrutement et du suivi professionnel des enseignants, il reste souvent dans l’esprit du grand public une sorte de « mystère ». La participation financière des familles est souvent mal comprise, même s’il est statutairement imposé par l’état qui ne prend pas en charge la totalité des dépenses de fonctionnement et beaucoup moins celle d’investissement (loi Falloux – 10%). Cet état de fait met inévitablement certaines familles modestes à l’écart de certains établissements, provoquant alors un déséquilibre social au sein même des effectifs élèves. Même si dans certains établissements ce déséquilibre est discutable, plus globalement les personnels de ces établissements ont du mal à accepter des jugements à l’emporte-pièce et même des contre-vérités. Faire de cas particulier des généralités est aussi préjudiciable que de donner une impression uniforme (statistiquement) de ces établissements.

Mieux connaître au service des élèves et des familles

En conclusion, on propose de relire le rapport de la Cour des Comptes de 2023 (https://www.ccomptes.fr/fr/publications/lenseignement-prive-sous-contrat) et d’en analyser les préconisations en allant voir au plus près de la vie quotidienne des établissements le vécu des acteurs, élèves, enseignants, personnels. Il faudra bien sûr éviter toute généralisation hâtive que pourrait apporter une vision uniquement comptable et statistique de la question. Terminons ce propos en prenant en compte la référence religieuse inscrite au fronton de chacune ces écoles. Elle est une référence, mais nos observations quotidiennes de ces établissements et depuis près de cinquante années, montrent qu’elle sert surtout à unifier et enrichir le projet éducatif des équipes et non pas imposer une croyance ou des pratiques religieuses.

Bruno Devauchelle

1 Commentaire

    • collignon sur 7 janvier 2026 à 17:54
    • Répondre

    Merci!

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