Quelles pédagogies à l’ère de l’IA générative et adaptative ?

1 – Faire évoluer les pratiques pédagogiques

L’adoption massive des IA génératives par les élèves impose aux équipes éducatives de mettre en place une véritable politique pédagogique et didactique adaptée. Toutefois les contraintes de l’organisation scolaire limitent en grande partie les possibilités d’action. Que ce soit la gestion du métier d’enseignant, celui d’élève et les dimensions de contrôle de l’action de l’enseignement au travers des systèmes d’inspection et les examens scolaire, les marges de manœuvre sont très limitées. Les différentes tentatives d’établissements expérimentaux se sont heurtés au dogme de l’égalité systématique facilitée par  une organisation rigide des programmes et de leur répartition. Il n’est pas interdit d’ouvrir, à la marge, des espaces différents d’action. Toutefois l’observation attentive du système scolaire montre bien les limites de ces initiatives et leur très faible impact sur l’ensemble du système.

Et pourtant depuis le début des années 1970, l’apparition d’une société informatisée a pu laisser penser que des transformations étaient nécessaires dans le monde académique. Depuis de nombreuses années, les « innovations pédagogiques » se sont multipliées et les années 1920 1930 en ont vu un foisonnement international (cf. Le livre d’Adolphe Ferrière l’Ecole Active), en particulier dans des systèmes scolaires moins verrouillés que le système français. Au regard de tous ces essais et expérimentations on peut retenir plusieurs pistes pédagogiques possible. L’avènement récent de l’IA, dans la continuité du numérique, dans les espaces de l’apprendre et de l’enseigner invitent à la réflexion et à l’exploration.

 

2 – Quelques pistes d’action possibles

Des axes pédagogiques qui ne sont pas récents pour certains sont toujours mobilisables, car la plupart sont basé sur l’articulation entre l’école et la société. Elles favorisent la possibilité de faire appel à l’Intelligence Artificielle Générative pour « augmenter » la qualité des processus cognitifs essentiels à l’apprentissage.

– Pédagogie de l’enquête

Chère à James Dewey et présentée dès le début du 20è siècle, cette pédagogie repose sur l’observation et l’enquête de terrain afin de permettre la construction des connaissances.

C’est à partir d’un recueil d’élements concrets et à partir d’un questionnement posé au préalable, que les élèves (apprenants), en groupe de préférence, vont cheminer jusqu’à la production de leurs résultats auprès de la classe, de l’enseignant. S’engage alors un travail d’approfondissement collectif.

– Pédagogie de la controverse

Proposée par Bruno Latour, en lien aussi avec Dominique Boulier, cette pratique consiste à aborder un sujet à controverse en tentant de visualiser, après les avoir recherchés, l’ensemble des points de vue, connaissances, croyances sur le sujet. L’idée centrale est de développer la compétence à ne pas aborder une question sans en définir l’ensemble des contours possibles et de les évaluer.

– Pédagogie de projet

Cette approche qui peut sembler bien connue des enseignants est pourtant multiforme. Elle nécessite une rigueur qui aide les élèves à construire non seulement des savoirs mais aussi des manières et processus pour y parvenir. A partir d’une situation ou d’une question pour laquelle un groupe d’élève doit mener à bien un projet, une démarche qui utilise les moyens humains et techniques permet de parvenir à une production finale qui peut aussi être multiforme. La pédagogie de projet est une pédagogie qui favorise l’engagement.

– Pédagogie par ateliers

Une pédagogie basée sur des activités courtes à réaliser en autonomie et en petits groupe. Ces activités convoquent aussi bien l’habileté manuel que le raisonnement scientifique ou les recherches à l’aide du numérique. Au cours d’une demi journée les élèves réalisent 3 ou 4 ateliers à partir de fiches conisgnes distribuées par l’enseignant. Résolution de problème, préparation d’un exposé, rédaction collective d’une présentation, réalisation d’une maquette simple etc… sont des activités dans lesquels sont convoqués de multiples compétences scolaires et psychosociales

– Pédagogie inversée

Cette approche pédagogique récemment médiatisée confirme l’intérêt de proposer aux élèves de préparer, en amont du temps de classe, des éléments d’information et de connaissances. Convoquant aussi bien des recherches personnelles que des consultations de supports choisis, l’élève est invité, en classe, à réutiliser les éléments collectés ou évoqués pour mener un travail de construction des connaissances, en groupe, puis individuellement avec l’aide de l’enseignant. Il s’agit aussi bien d’éveiller la curiosité de l’élève pour les objets d’apprentissage que de l’amener à être davantage en autonomie dans ses processus d’apprentissage.

– Pédagogie différenciée

La différenciation pédagogique articule de nombreuses pratiques qui associent aussi bien les moyens techniques (usage des moyens numériques) que les modalités d’organisation de la classe (activités différenciées). L’enseignant conçoit son enseignement comme devant être au plus près des besoins de chacun des élèves, dans ses différences, ses forces, se faiblesses et ses handicaps. La Conception universelle des apprentissages (CUA) est un des exemples d’une démarche pédagogique qui met la différenciation au centre, à la source de l’enseignement

– Escape Games et autre gamification avec IA

L’attirance des jeunes pour les jeux, en particulier vidéos, invite à transposer cette attirance en vue d’apprentissages scolaire. De nombreux exemples jalonnent l’histoire du numérique éducatif avec parfois des résultats probants, mais aussi des abandons. L’utilisation des « Escape Games » dont le principe est basé sur la résolution de « situations » problèmes s’inscrit dans cette voie de ludification. Que ce soit pour les concevoir et les mettre en œuvre, les moyens numériques (dont l’IA générative et ou adaptative) sont d’une aide réelle, d’autant plus qu’elles s’articulent avec les jeunes.

Conclusion

Toutes ces approches ne sont pas exclusives d’autres. Mais il semble bien que l’arrivée de l’IA dans l’espace scolaire et le monde numérique invite réellement à une transformation au niveau des choix pédagogiques et didactiques. Il y a des axes existants, démarche de recherche, démarche d’investigation, situations problèmes et autres qui vont dans le même sens : trouver une juste place aux moyens numériques et en particulier à l’IA qui, par ses caractéristiques spécifiques pose de nouveaux problèmes au monde éducatif. Bien plus que l’accès à l’information il y a désormais une instrumentation nouvelle qui peut être utiliser au service de l’apprendre. Si les élèves l’ont utilisée en premier lieu pour contourner les « habitudes » scolaires, il faut désormais les inviter à d’autres pratiques qui pourront réellement les accompagner dans ces espaces nouveaux.

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