Évaluations, corrections, notations, un mythe en transformation avec l’IA

Corriger, évaluer, noter….

Corriger des travaux d’élèves est souvent un travail difficile, méticuleux, chronophage, parfois ennuyeux. Encore faut-il s’interroger sur ce que l’on demande comme production aux élèves et donc ce que l’on aura comme matériau pour corriger et évaluer. Si le terme corriger est très connoté du côté du savoir et de la discipline, le terme évaluer lui porte la question de la valeur que l’on donne à un travail. A ces deux termes il faut ajouter la notation. Celle-ci représente souvent la base de la relation au savoir qu’à un élève et par rebond avec l’enseignant en charge de lui attribuer une note, une sorte de contrat. Pour que le système fonctionne dans son ensemble, tel qu’il est actuellement, il semble nécessaire aux autorités de maintenir des termes et les réalités qu’ils recouvrent. Un double identitaire pour l’enseignant et pour l’élève. Un des fondements de la forme scolaire, la vraie !!!

 

L’arrivée de l’IA générative, un nouvel outil au service des « corrections et des notations ».

Prenez votre « paquet de copies ». Photographiez-les avec votre smartphone. Proposez-les à la lecture d’une (ou plusieurs) IA générative et demandez, outre la transcription d’en faire la correction. Bien sûr il sera préférable de donner aussi à l’IA le sujet du contrôle, éventuellement le barème des notes, ou encore un corrigé type…. Cette manière de faire est désormais accessible avec un peu d’habileté technique. Des sites se sont spécialisés pour simplifier le travail (Examino.fr, Gingo.ai; …) et ils devraient se multiplier. Si cela peut sembler simple et accessible, la correction de copies par l’IA n’est pas sans poser de multiples questions : qualité de la correction, utilisation des contenus des copies, amélioration des corrections etc… Il y a aussi une question plus fondamentale, celle de l’éthique de ce type de pratique, en regard de la place qu’ont les devoirs, les notes, les corrections, les évaluations dans l’école. On remet ainsi en cause la compétition scolaire, la qualité des corrections humaines, la qualité des travaux rendus, et plus globalement l’évaluation et son rôle dans l’apprentissage.

 

La docimologie et la subjectivité de l’évaluation

Un intéressant article : « La docimologie et après ? Notes sur l’évaluation des acquis en arts plastiques », par Bernard-André Gaillot (2002, https://eduscol.education.fr/document/35690/download ) On peut retrouver outre une analyse des notions et termes, une approche sur une discipline pour qui l’évaluation n’est pas simple, les arts plastiques. Ce qui nous intéresse en particulier, c’est la question des critères et des indicateurs retenus pour évaluer un travail d’élève, d’apprenant. Explicites, dans certains cas, ils sont aussi en partie implicites, c’est ce qui provoque des écarts non négligeables entre plusieurs corrections et correcteurs… L’arrivée de l’IA dans ce champ semble clarifier les choses au moins partiellement (à approfondir selon les outils). Mais ce qui est étonnant, c’est que l’IA est en mesure aussi de proposer une évaluation qualitative en plus de la note comme on peut le lire dans la correction d’un des items fabriqués par l’IA (Mistra AI) à partir d’une copie de Brevet Blanc : »3. **Précision et richesse des exemples** (/4) :  – Les exemples donnés sont pertinents (VTT, Tour de France, escape game), mais ils manquent de développement. L’élève aurait pu expliquer pourquoi ces activités sont importantes et comment elles contribuent au développement touristique. – Les réponses auraient gagné en richesse avec des détails supplémentaires (par exemple, l’impact économique des activités touristiques).   **Note : 2/4** ». On note ici la « finesse » des conseils donnés et donc l’aide à l’enseignant aussi bien qu’à l’élève. La concurrence avec les corrections faites par les humains risque d’être difficile !!!

 

Du contrôle continu à l’évaluation permanente, un travail d’objectivation des apprentissages et des compétences

Dans certains ordres d’enseignement (professionnels, agricoles etc…) le contrôle en cours de formation est systématisé. En général le livret scolaire de l’élève est souvent une base pour rappeler qu’au-delà d’un diplôme il y a une trajectoire d’élève et que celle-ci peut se lire, imparfaitement, dans ce document. Il s’agit, de manière indirecte d’une approche en continu des apprentissages. La spécificité du numérique et dont l’IA prolonge les possibilités, c’est qu’ils permettent de recueillir de nombreuses données (datas) mais de plus en plus qualitatives et qu’ainsi on peut encore mieux comprendre l’apprenant, comme on peut le découvrir avec l’IA adaptative et ses tableaux de bord. Faut-il sombrer dans le contrôle permanent de l’élève ? Le danger est là. Toutefois, la qualité des apprentissages mérite d’être mieux explicitée, c’est la logique des compétences qui, bien plus que les simples notes, apporte d’autres indications sur l’apprentissage et ses réussites. Le danger de la correction des copies par l’IA serait de renforcer les contrôles et autres travaux systématiques rendus par les élèves et ainsi d’augmenter la pression de la réussite : que devient alors le plaisir de découvrir et d’appendre ?

 

Et les copies du baccalauréat, comment les utiliser ?

La numérisation des copies en vue de leur correction pour le baccalauréat réveille des envies : ne pourrait-on pas les exploiter pour les analyser et en tirer des enseignements sur les élèves, les apprentissages etc… Bien sûr ce questionnement a été rapidement rejoint par les oppositions en particulier syndicales et politiques qui y ont vu une intrusion et un non respect des personnes. Mais se profile aussi une autre envie : augmenter la qualité des corrections en s’appuyant sur l’IA. Certains pourraient même y trouver quelques économies… en remplaçant des correcteurs humains par quelques « vérificateurs », un peu à l’image des temps de régulation et d’harmonisation dans les jurys de correction… Le danger plus global évoqué plus haut est celui de la surveillance des élèves aussi bien sur le plan cognitif que sur d’autres plans, comme le social ou encore l’idéologique (imaginez une IA capable de détecter des propos « déviants » d’élèves).

Et les profs là dedans.

Au vu des effets, voir de la sidération pour certains, observée chez plusieurs enseignants, on sent bien qu’il y a là un sujet qui va faire rapidement débat en éducation et dans l’enseignement scolaire. Jusqu’à présent cela s’est fait à « bas bruit » et désormais, cela arrive dans l’espace public. On peut remarquer quand même que la « corvée de copie » est un marqueur de la profession et de ses angoisses. Marqueur de légitimité face aux élèves, mais aussi source d’angoisse face aux « tas de copies » que l’on accumule souvent à la veille des vacances ou des conseils de classe… La « facilitation » est source d’acceptabilité et d’appropriation. IL n’est pas impossible que cela se produise dans le cas de la correction assistée par l’IA dans les années à venir

 

A suivre et à débattre

BD

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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