Nous sommes remplis de biais cognitifs ! Au vu de la liste, impressionnante et évolutive, nous serions donc « soumis » à des faiblesses mentales qui peuvent altérer nos jugements, nos comportements. Le développement des réseaux sociaux, à la suite de la généralisation des usages du web a mis en évidence une des conséquences importantes de ces biais : nous sommes tous influençables ! Qu’ils soient de confirmation, de notoriété, (les appellations varient…) les biais sont donc la confirmation de notre difficulté à faire face au réel. Ils peuvent être d’origine intrinsèque (voire organique) ou extrinsèque (construit par des procédés de manipulation -humaine ou technique). Il nous faut reconnaître notre vulnérabilité psychique et cognitive et nous interroger sur notre capacité à la pensée personnelles construite et critique face aux évènements et informations qui nous environnent.
De la propagande au soft power
Le développement rapide de l’utilisation d’Internet, faisant suite à l’informatique, la télévision, les médias, a créé autour de chacun de nous un « halo » informationnel riche et varié. La médiatisation des réseaux sociaux a mis à jour l’existence de personnes que l’on appelle « influenceurs, influenceuse ». L’utilisation de cette appellation peut sembler introduire une forme de nouveauté du fait qu’il est utilisé de plus en plus souvent, or il n’en est rien. Tout comme les réseaux sociaux qui existent depuis très longtemps dans les sociétés humaines dans une version non numérique, la notion d’influence n’est pas nouvelle non plus, l’histoire nous en donne de nombreux exemples. La propagande n’a d’autre but que d’influencer une population. Si elle a pu faire dans le passé l’objet d’une reconnaissance politique (J Goebbels 1933), elle s’est petit à petit diluée dans la société appelée parfois information, surinformation mais aussi publicité et donc influenceurs…
Une projet politique
Ce qui peut paraître nouveau, c’est l’accélération, l’augmentation exponentielle d’accès à des informations de toutes natures à mettre en parallèle avec la volonté des « fabricants » d’informations de faire passer leurs messages. A chaque fois qu’il en est question dans les médias, l’indice de popularité, le nombre d’abonnés et de vues est avancé de manière à confirmer « l’importance » des informations mais aussi de celles et ceux qui les mettent à disposition; Cet indice de popularité correspondrait au degré d’influence qu’ils exercent sur la population. Certains dirigeants politiques ont appris à en user, passant de la propagande à l’influence douce (soft power). IL s’agit d’influer (agir sur les flux) et d’influencer (d’agire sur les récepteurs). L’accroissement de l’importance accordé à l’influence et à ceux qui en use est inquiétant pour une société. Les dirigeants en usent et en abusent en y ajoutant parfois la répression (envers ceux qui n’acceptent d’être influencés).
L’éducation familiale et sociale : une action influençante
L’enfant qui arrive dans la famille est déjà sous l’influence de sa famille, ses parents, sa fratrie, etc…, bref son environnement éducatif. Le film d’Etienne Chatiliez « La vie est un long fleuve tranquille » illustre ces influences familiales. Dès l’école, les enseignants sont chargé « d’influencer » les élèves comme par exemple l’éducation à la citoyenneté… Toutefois, Condorcet dès 1791 propose la scolarisation pour sortir de l’ignorance qui, dit-il, est source de soumission, d’influence. Accéder au savoir serait ainsi un moyen de ne pas être « influencé ». Cependant la lecture de nombreux textes prescriptifs venus de responsables de l’éducation montre qu’il s’agit toutefois d’obtenir des élèves des comportements conformes à ce qui est attendu, en particulier dans le domaine des connaissances, mais aussi de l’autonomie (cf. la thèse de Héloïse Durler). L’école influence, l’école manipule, on appelle cela l’éducation !
Acceptons de le reconnaître
Le fameux aphorisme « à l’insu de son plein gré » illustre en quelque sorte le refus de reconnaître l’influence que l’on subit et que l’on nie. Oui nous sommes tous influençables et construire la possibilité d’une capabilité critique est de plus en plus difficile. Les tenants de la pensée critique font face à un univers social, médiatique qui a promu le bien individuel face au bien commun. L’exemple de la manière dont les Intelligences Artificielles génératives répondent et dont elles s’expriment de manière spécifique dans leur dialogue avec les usagers est éclairant. En proposant d’attirantes réponses aux questions de l’utilisateur, elles affaiblissent sa capacité de jugement de prise de distance. Constatons l’effet d’entraînement, d’habituation qui petit à petit est renforcé par le sentiment de « protection ». Il est difficile d’aller « voir ailleurs » que là où les actions d’influence tentent de nous mener.
Eduquer, mais libérer ?
La pensée critique, l’action critique, l’esprit critique, sont en péril dans une société qui se veut du « bien-être » mais qui est surtout une société de l’autosatisfaction. Il faut une discipline personnelle pour endiguer, limiter, contrôler et identifier. L’amplification médiatique liée à un art de l’accroche inquiétante (les titres et les sous titres et autres pitchs) vient mettre notre esprit dans un état de repli, de crainte afin de nous amener à rechercher une autorité transcendante (mais aussi parfois immanente) qui, même si elle est douteuse voire malhonnête, nous semble préférable à l’inquiétude. Le doute et l’autocritique sont des éléments de base qui doivent permettre à l’humain de s’autonomiser culturellement et socialement. Malheureusement, il semble que ces deux éléments soient loin d’être partagés. D’autant plus que le fameux « ce n’est pas moi c’est l’autre » est le biais le plus impactant sur notre capacité de discernement….
A suivre et à débattre
BD
